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Tribune : Calembredaine versus coups d’État, le Burkina Faso en danger ? (Aboubakr)

La calembredaine qui s’aiguise au Burkina adoublée aux faux coups d’État des petits « diables blancs », est très inquiétante. Le pays du Grand Thomas Isidore Sankara est face à la proie d’un danger imminent au caractère sardonique et brinquebalant. Mutinerie dans mutinerie ? Ou coup d’état dans coup d’État ? La situation actuelle dans ce pays reste à une allure confuse. C’est l’échec des colonels et des régimes civils qui se sont succédés au burkina qui en prenant le pouvoir par des voies démocratiques où anti-démocratiques jurent leurs grands dieux qu’ils feront mieux que les ex-présidents. À chaque coup d’État la situation sécuritaire devient pire que jamais, mais ceux qui tiennent le pouvoir mènent grand train. Quant aux soldats du rang, ils broient du noir et s’impatientent…
Comment le Burkina Faso est devenu l’épicentre du conflit sahélien ?
Longtemps, le Mali a été considéré comme le cœur de la guerre en cours au Sahel. Désormais, le Burkina Faso hérite de la première place. Selon la base de données d’Acled, en 2021, le nombre annuel de décès dus aux groupes armés a dépassé celui du Mali pour la deuxième fois en trois ans. Sauf miracle, l’année 2022 ne sera pas meilleure, tant les attaques continuent à être nombreuses et meurtrières. Pour le seul mois d’avril 2022, Acled en a recensé 240 dont 108 contre des civils.

Au cours du dernier week-end, des djihadistes ont attaqué le détachement de la gendarmerie de Seytenga, une ville située dans l’est du pays, proche de la frontière avec le Niger. Le bilan officiel faisait état de 11 gendarmes tués, des blessés, des disparus et des dégâts matériels importants ont été enregistrés. Quelle triste et morbide réalité !
Dans la foulée, les militaires épargnés ont déserté la zone et ont laissé les populations seules face à leur sort. Ce qui devait arriver, arriva: deux jours, plus tard, le même groupe armé est revenu et a massacré froidement des civils.

Les premières informations circulant sur les réseaux sociaux annonçaient 116 victimes y compris des femmes et des enfants. Le porte-parole du gouvernement à l’époque des faits évoquait, 50 personnes décédées. Si le bilan annoncé par les internautes est réel, ce serait le pire drame enregistré depuis le massacre de Solhan ou 160 personnes avaient péri en juin 2021. Toujours pendant ce même week-end, une autre attaque a eu lieu, dans la région du Centre Nord, à Bourganza, et on dénombre au moins six victimes. 

Un pays en voie de faillite
Les chiffres reflètent la tragédie que vit ce pays menacé dans son existence même. Pourtant, il semble que les colonels incultes de la notion du pouvoir d’État et de comment diriger un pays n’en prennent jamais la mesure. Ils s’en pressent toujours d’arracher le pouvoir dans la main des civils, mal élus aux compétitions démocratiques douteuses, qu’ils accusent d’incompétence parfois pour justifier la légitimité de leur coup, mais ils se montrent tout aussi incapables que leurs prédécesseurs en peu de temps. Comment pourraient-ils faire mieux ?  Ils n’ont pas fait le nécessaire travail d’analyse, ne se sont pas interrogés sur les raisons qui ont conduit à ces échecs patents. Ils n’ont pas remis en cause les Koglweogos et s’appuient directement sur les volontaires pour la Défense de la Patrie, deux groupes d’autodéfense qui commettent des exactions contre les civils, notamment les Peuls. Ils n’ont pas revu les dysfonctionnements de l’armée, n’ont pas amélioré les conditions des soldats qui s’attendaient pourtant à de profonds changement avec des militaires qui passent au pouvoir. Mieux, alors que les Burkinabés voient leur pouvoir d’achat divisé par deux, les nouvelles autorités, qui n’ont d’autre légitimité que celle qu’elles se sont octroyée, ont augmenté leurs salaires ! Les officiers mènent la grande vie et roulent dans des 4/4 de luxe flambant neuf pendant que le gros de la troupe se désespère. « Après chaque coup d’État, le chef et ses amis cherchent déjà à s’embourgeoiser, leur seul souci c’est de garder le pouvoir. »
Pendant ce temps, les populations trinquent et grossissent les rangs des déplacés déjà nombreux qui sont livrés à la merci des dons des ONG. Les réfugiés dans les camps ou aux abords des grandes villes ne peuvent plus cultiver, il y aura donc moins de récoltes cette année, les prix des aliments de base flambent… La spirale infernale est enclenchée.

Le Deux poids, deux mesures

Le 1er avril, devant le mécontentement des burkinabés, le colonel Paul-Henri Damiba, tombeur de l’ex Président Kaboré, avait demandé d’être patient et d’attendre cinq mois avant de faire le bilan de la situation sécuritaire. Mais au vu des événements, il n’était pas certain que les burkinabés attendent tranquillement jusque là. Cela risquait de devenir de plus en plus difficile pour ce gouvernement et ce pour deux raisons. D’une part, contrairement aux coups d’Etat de Guinée et du Mali, les Burkinabés n’avaient pas applaudi le coup d’Etat, ils l’ont accepté du bout des lèvres, compte tenu des échecs de Roch Marc Christian Kaboré, mais ils sont restés dans l’expectative. D’autre part, la junte ne pouvait pas se cacher derrière les sanctions prises en son encontre, de la même manière que son homologue malienne. La communauté internationale dans son ensemble avait accepté le putsch avec une bienveillance étonnante. La CEDEAO et l’Union africaine n’ont pris aucune mesure discriminante contre Ouagadougou, hormis celle inscrite dans leurs statuts, de suspendre le pays de leur organisation respective. Paul Henri Damiba avait osé demander une transition de 36 mois, sans que cela ne soulève un tollé à Accra ou à Abidjan. Même la demande d’assouplissement de la mise en résidence surveillée de l’ancien président kaboré se faisait de manière discrète, très loin des admonestations presque quotidiennes que subit la junte malienne.

En conclusion, il n’est pas certain que la population qui avait placé quelques espoirs dans cette transition soit aussi « amicale » que la CEDEAO. Si les nouveaux putschistes continuent sur leur lancée sans donner un signal fort de changement, la population pourrait demander des comptes dans la rue. Compte tenu des mouvements d’humeur au sein de la troupe, il ne serait pas impossible non plus, qu’ils partent de la même manière qu’ils sont arrivés car le Burkina Faso est en danger.

Par Aboubakr Guilavogui.

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2 Commentaires

  1. Et dans cette lancée, une partie de cette population pourrait comme la Guinée, prendre la rue, ce qui au final, quoique moyen de pression, n’arrange pas les choses.

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