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Bureau de Suivi des Priorités Présidentielles : une institution stratégique qui doit sortir de l’anémie communicationnelle (Dr Karamo Kaba)

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Il y a un an, je me suis particulièrement intéressé à la vitalité, au fonctionnement et surtout à la visibilité du Bureau de Suivi des Priorités Présidentielles (BSPP), un organe mis en place par le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya.

Sa mission est pourtant éminemment stratégique : mettre en place un mécanisme poussé, rigoureux et continu de suivi de l’exécution des projets et programmes prioritaires du Président de la République.

Ce sont là des missions nobles, importantes et déterminantes pour la bonne conduite de l’action publique. Mais force est de constater que la physiologie de cette institution semble aujourd’hui anémique, affectée par un certain nombre de difficultés endogènes, au premier rang desquelles figurent le déficit de communication, le manque de visibilité institutionnelle, la faible valorisation des résultats et l’insuffisante diffusion de l’information sur les grands projets prioritaires.

Des missions pourtant clairement définies Selon le décret D/2021/0059/PRG/CNRD/SGG portant attributions, organisation et fonctionnement de la Présidence de la République de Guinée, les missions du BSPP sont pourtant limpides.
Il lui revient notamment de :
1-mettre en place un mécanisme continu de suivi de l’exécution des projets et programmes prioritaires du Président de la République ;
2-assurer le suivi du financement et de l’exécution des projets et programmes prioritaires ;
3-évaluer leur mise en œuvre, rendre régulièrement compte au Président de la République du niveau d’exécution et de l’atteinte des résultats ciblés, puis formuler des recommandations ;
4-apporter l’assistance technique nécessaire aux ministères sectoriels pour la mise en place et le maintien d’un système efficace d’exécution des projets et programmes prioritaires ;
5-mener des campagnes de communication, en coordination avec la Direction de la Communication et de l’Information de la Présidence, sur les projets et programmes prioritaires ;
6-mobiliser les financements nécessaires au fonctionnement du BSPP.

À la lecture de ces attributions, une évidence s’impose : le BSPP n’est pas uniquement une structure de suivi administratif. Il est également un instrument d’évaluation, d’alerte, de coordination et de communication autour des grandes priorités présidentielles.

Aujourd’hui, les initiatives présidentielles se multiplient à un rythme soutenu. Des projets structurants sont annoncés, lancés ou exécutés dans différents secteurs. Mais paradoxalement, le Bureau de Suivi des Priorités Présidentielles semble demeurer étonnamment silencieux sur une partie de ces grandes réalisations.

Quelle communication et suivi ont été fait réellement sur l’autoroute de Kankan ? Quel est son niveau d’exécution physique et financière ? Quels travaux ont déjà été réalisés ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Quel est le calendrier prévisionnel de livraison ?

Qu’en est-il du programme de construction des logements sociaux ? Combien de logements sont prévus ? Combien sont déjà construits ? Dans quelles localités ? Quel est le niveau d’exécution du programme et quelles populations sont ciblées ?

Qu’en est-il des grands projets de raffineries, notamment dans les secteurs de la bauxite et de l’or ? Où en sont les différents chantiers ? Quels investissements ont été mobilisés ? Quel est leur niveau d’avancement ? Quels sont les obstacles éventuels ? Quels emplois et quelles retombées économiques sont attendus pour la Guinée ?

Qu’en est-il également du projet de construction de l’axe autoroutier reliant le Palais du Peuple au Port autonome de Conakry, infrastructure qui doit jouer un rôle majeur dans la mobilité, la décongestion de la capitale et la modernisation du réseau routier ?

Et que dire de la reconstruction de l’hôpital Ignace Deen, infrastructure sanitaire emblématique de notre pays ? Où en sommes-nous concrètement ? Quel est le calendrier prévu ? Quelles seront les nouvelles capacités de cet établissement une fois sa reconstruction achevée ? Ce sont les priorités vitales du Chef de l’Etat, le Président Mamadi Doumbouya.

La liste pourrait être beaucoup plus longue. Et justement, lorsqu’une structure a pour mission officielle de suivre, d’évaluer et de communiquer sur les projets prioritaires du Président de la République, elle devrait être au premier rang de cette information.

Il est difficile de comprendre pourquoi une institution chargée précisément de communiquer sur les projets prioritaires reste aussi peu visible dans l’espace public.

Il suffit, à titre d’observation, de consulter ses canaux officiels de communication pour constater le décalage entre l’importance de ses missions et la nature de certaines publications. La dernière publication sur la page officielle de BSPP date du Janvier 2026.

Le BSPP doit raconter les projets, expliquer leur évolution, montrer les résultats, signaler les difficultés et rendre compte. Il est sensé être un très grand instrument de communication de la présidence de la République.

Aujourd’hui, le monde est devenu un véritable village planétaire. La communication digitale n’est plus un accessoire. Elle est devenue un instrument fondamental de gouvernance, de transparence et de redevabilité.

Une communication institutionnelle efficace facilite les échanges, stimule la coordination, améliore le travail d’équipe et surtout crée un rapport de confiance entre les populations et leurs dirigeants.

Les responsables de la communication du BSPP doivent donc être capables de lutter contre l’inertie organisationnelle, la dilution de l’information et le déficit de visibilité institutionnelle.

Il faut permettre aux citoyens de comprendre les efforts déployés par le Président de la République et l’administration.

Pour cela, le BSPP pourrait, par exemple, mettre en place un tableau de bord public des priorités présidentielles, régulièrement actualisé.

Le citoyen ne doit pas être obligé d’attendre une inauguration pour découvrir qu’un projet ambitieux existait. Il doit pouvoir suivre son évolution depuis son lancement jusqu’à son achèvement.

Communiquer sur les réalisations n’est pas faire de la propagande
Il faut également faire une distinction importante. Communiquer sur l’action publique ne signifie pas faire de la propagande.

Informer les citoyens sur l’état d’avancement d’un projet financé par l’État, présenter ses résultats, expliquer ses difficultés et publier des données sur son exécution relève tout simplement de la redevabilité publique.

Une réalisation qui n’est pas documentée et expliquée finit souvent par être méconnue. Et ce qui est méconnu est facilement mal compris.

Le BSPP devrait donc être une véritable interface entre la Présidence de la République, les ministères sectoriels, les projets et les citoyens.

Nous devons également tirer les leçons du passé. Le silence et le déficit de communication qui ont parfois accompagné les réalisations des anciens dirigeants ont contribué à rendre certaines œuvres publiques insuffisamment connues ou comprises par les citoyens. Il serait donc regrettable de reproduire les mêmes erreurs.

Les responsables du BSPP doivent être suffisamment outillés pour suivre, documenter et valoriser les efforts et les perspectives du Président de la République.

Ils ne doivent pas seulement être des cadres administratifs. Ils doivent être des vigies de l’action publique : observer, mesurer, évaluer, alerter, recommander et rendre compte.
Ils sont au service d’une institution, et non de leur propre image.

C’est malheureusement devenu presque une monnaie courante en Guinée : certains cadres semblent parfois davantage préoccupés par leur image personnelle que par la visibilité, la performance et la crédibilité de l’institution qu’ils dirigent. C’est une erreur.

Une institution publique ne doit jamais être construite autour de l’image d’un individu. Elle doit être construite autour de ses missions, de ses résultats et de sa capacité à servir l’intérêt général.

Le BSPP doit donc être beaucoup plus visible que ceux qui l’animent. Il doit être identifié par les citoyens comme la structure qui sait où en sont les grandes priorités présidentielles.

Je veux croire que l’équipe du Bureau de Suivi des Priorités Présidentielles saura prendre la mesure de cette situation et travailler à corriger ce que je considère comme une véritable anémie institutionnelle de communication et de visibilité.

Il ne s’agit pas ici d’accabler des personnes, mais d’interpeller une institution sur la nécessité de remplir pleinement les missions qui lui sont confiées.

La Guinée a besoin d’un BSPP plus dynamique, plus visible, plus professionnel, plus numérique, plus proche du terrain et surtout plus communicant. Car la redevabilité, principe essentiel de la bonne administration publique implique que les gouvernants et les institutions rendent compte de leur action aux gouvernés.

Dr. Karamo Kaba
Écrivain – Enseignant – Consultant
Tatakaba66@gmail.com -628 49 78 95

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