Pour une République qui reconnaît toutes ses composantes : le Haut commissariat à la diversité
et aux diasporas, une nécessité, et non un renoncement. Dans une période où notre pays est confronté tant à la montée des identitarismes qu’à l’essor des nationalismes qui cherchent à dresser les Français les uns contre les autres, il est lamentable de
voir certains élus invoquer la pureté républicaine pour clamer que « la République n’a pas de
diasporas, elle a des citoyens ». Cette formule, certes lyrique, tourne malheureusement le dos à la réalité de notre société et à l’exigence républicaine d’unité.
La République n’est pas une abstraction hors sol, figée dans un passé mythifié, mais une nation vivante, qui se transforme à mesure que ses citoyens participent à l’histoire collective. Ceux qui aujourd’hui réduisent la diversité à une menace de « communautarisme d’État » trahissent une méconnaissance de la France contemporaine. Car reconnaître que des Français , qu’ils soient nés ici de parents venus d’ailleurs, qu’ils aient des attaches outre-mer ou qu’ils soient binationaux, apportent au débat national leur expérience et leurs compétences, ce n’est pas fragmenter la
nation ; c’est renforcer l’unité républicaine en faisant de cette pluralité une force au service du projet national.
Les arguments adverses peinent à masquer leur vide politique. Le simple fait de dire que la République ne doit pas « compter les différences » ne supprime pas les fractures sociales, ni n’efface les discriminations structurelles que connaissent encore nombre de nos concitoyens. Ce n’est pas en refusant de regarder ces réalités en face que l’on construit l’égalité républicaine, mais en mettant en place des mécanismes qui permettent à chacun de s’épanouir pleinement dans la communauté nationale. Le Haut-commissariat, loin d’être un gadget ou une structure
bureaucratique inutile, comme certains le prétendent, offre un espace concret où la diversité des parcours devient un levier pour renforcer notre cohésion sociale et notre rayonnement international.
Dénoncer la diversité comme un reniement de l’unité, c’est oublier que la France a toujours été multiple dans ses origines, mais une dans son ambition. Notre devise, Liberté, Égalité, Fraternité ,
ne se réduit pas à un concept figé : elle s’incarne dans la capacité de la République à voir en chaque citoyen non pas une appartenance communautaire, mais une contribution essentielle à
l’ensemble. La diversité n’est pas l’antithèse de l’universel ; elle en est l’expression la plus dynamique.
Ce Haut-commissariat n’est pas une concession au « multiculturalisme » anglo-saxon, ni une capitulation devant une prétendue fragmentation sociale. C’est une institution républicaine et
réaffirmative : elle met en lumière les talents, les compétences, les engagements collectifs qui, jusqu’ici, ont trop souvent été marginalisés dans l’espace public. C’est aussi un outil pour faire face aux discours identitaires qui prospèrent sur la défiance, la peur et l’exclusion, des discours qui, s’ils ne sont pas contrebalancés, fracturent notre communauté politique. Certains adversaires se réfugient derrière des préceptes universalistes pour nier que la France est aujourd’hui une mosaïque de trajectoires dont chacune, bien comprise, enrichit notre destin collectif. Mais le monde a changé, et les vieilles méthodes qui passent par le retrait, la négation ou l’illusion d’unité ne suffisent plus. Elles échouent à apporter des réponses aux défis contemporains, de l’inclusion sociale à la compétitivité internationale et renvoient au contraire ces opposants à leur propre échec politique.
En reconnaissant les diasporas, non comme des entités séparées, mais comme des composantes actives de la nation française, nous faisons un choix audacieux : celui d’une République qui ne se contente pas de tolérer la diversité, mais qui la valorise au service commun
de la France.
Nous, membres du Haut-commissariat des diasporas africaines de France, signons ce texte pour
affirmer que cette institution est essentielle à l’heure où les forces de division cherchent à saper
notre cohésion. Elle représente le pari d’une République plus forte, capable d’unir ses citoyens dans toutes leurs richesses, et d’armer notre pays pour les défis du XXIᵉ siècle. Nous appelons de
nos vœux sa création.
La France n’a pas à craindre ses composantes ; elle a à les reconnaître, les valoriser et les mettre au service de son avenir. C’est là, et seulement là, que réside le véritable universalisme
républicain.
Et de conclure, « la richesse de mon beau pays, la France, c’est sa diversité. Le nier, c’est vouloir
la mort de la France! »
Rachida Kaaout, Présidente du Haut commissariat des diasporas africaines de France.


