La banalisation de l’exception et le retour de la loi du plus fort dans l’ordre international
L’arrestation ou la poursuite unilatérale d’un chef d’État en exercice par une puissance étrangère, en dehors de tout cadre juridictionnel international reconnu, marque un tournant inquiétant dans l’histoire contemporaine du droit international public. Ce type d’acte révèle une tendance lourde : le recul du droit au profit de la force, et la normalisation de l’exception au nom de la puissance.
Dans un monde où certains États s’arrogent le droit de juger, de sanctionner ou d’arrêter les dirigeants d’autres États selon leurs propres normes, une question centrale se pose : le droit international est-il encore un rempart contre l’arbitraire, ou devient-il un simple instrument des puissants ?
Pour l’Afrique, historiquement victime de la domination et aujourd’hui structurellement vulnérable, cette évolution constitue un danger existentiel.
I. LA REMISE EN CAUSE DES FONDEMENTS DU DROIT INTERNATIONAL
Le droit international repose sur l’égalité souveraine des États, consacrée par la Charte des Nations unies. L’arrestation d’un président en exercice par un État tiers viole la souveraineté nationale, méconnaît le principe de non-ingérence et détruit la confiance dans l’ordre juridique international.
L’immunité des chefs d’État en exercice, confirmée par la jurisprudence internationale, n’est pas une prime à l’impunité, mais une garantie de stabilité internationale. La contourner unilatéralement revient à instaurer une justice de puissance, sélective et politisée.
II. DE LA FORCE ARMÉE À LA FORCE JURIDIQUE : L’IMPÉRIALISME MODERNE
Les ambitions impériales ne disparaissent jamais ; elles changent de forme.
Aujourd’hui, la domination passe par les sanctions économiques, l’extraterritorialité du droit interne, la judiciarisation sélective et la pression financière.
La banalisation de l’exception ouvre la voie à un droit asymétrique, appliqué aux faibles et ignoré par les puissants.
III. L’AFRIQUE COMME LABORATOIRE DU DROIT D’EXCEPTION
L’Afrique demeure économiquement dépendante, politiquement fragmentée et juridiquement exposée. Dans ce contexte, la remise en cause des principes fondamentaux du droit international risque de transformer le continent en terrain d’expérimentation coercitive.
L’Alliance des États du Sahel incarne une volonté de rupture avec l’ordre postcolonial. Le soutien africain à cette dynamique ne sera utile que s’il se traduit par des institutions solides, des résultats concrets et une gouvernance responsable.
IV. COMMENT L’AFRIQUE PEUT PRÉVENIR LE RETOUR DE LA LOI DU PLUS FORT
L’Afrique doit construire une doctrine juridique commune de souveraineté, renforcer ses juridictions régionales et parler d’une seule voix sur la scène internationale.
Le soutien des peuples doit devenir stratégique, organisé et exigeant. La souveraineté ne protège ni l’arbitraire ni l’incompétence.
En sommes, disons que quand le droit cède devant la force, ce sont toujours les plus faibles qui paient le prix. L’Afrique doit se protéger par le droit, s’unir par la stratégie et résister par l’intelligence collective. Ceux qui laissent mourir le droit finissent toujours par subir la force.
Par Mohamed Chérif Touré, juriste
mohamedcheriftoure80@gmail.com
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