Dans un service de l’administration publique, une imprimante en parfait état de fonctionnement était restée longtemps inutilisée, faute d’un simple dispositif de fixation. L’équipement existait, l’utilité était évidente, mais l’absence d’une petite pièce suffisait à bloquer son exploitation. Après un ajustement minime, la machine a repris du service, évitant ainsi une mise au rebut prématurée et un achat neuf.
Cette situation, loin d’être exceptionnelle, invite à une réflexion plus large sur la gestion quotidienne des ressources publiques, tant matérielles qu’humaines. Elle ne traduit pas une mauvaise volonté, mais plutôt les limites d’un système administratif parfois freiné par des procédures lourdes face à des problèmes simples.
Des ressources disponibles, mais pas toujours activées
L’administration guinéenne dispose aujourd’hui d’un patrimoine matériel important et, surtout, d’un capital humain de plus en plus qualifié. De nombreux cadres sont formés en droit, en finances publiques, en gestion de projets, en réformes sectorielles. Ils constituent un potentiel réel pour l’action publique.
Pourtant, dans la pratique, il arrive que ces compétences ne soient pas pleinement mobilisées. Certains agents se retrouvent affectés à des missions qui ne correspondent pas à leur profil, tandis que l’État recourt parallèlement à des expertises externes. Il ne s’agit pas d’un dysfonctionnement intentionnel, mais souvent d’un manque de mécanismes souples d’identification et de valorisation des compétences existantes.
Une administration prudente, parfois au détriment de l’efficacité
La rigueur procédurale est indispensable à la bonne gouvernance. Toutefois, lorsque la prudence administrative devient excessive, elle peut produire des effets contraires à l’objectif recherché. Des décisions simples prennent du temps, des initiatives utiles sont différées, et des ressources restent inexploitées.
Dans ce contexte, l’inaction est parfois perçue comme plus sûre que l’initiative, même lorsque celle-ci est motivée par l’intérêt général. Cette culture de la retenue, compréhensible au regard des exigences de contrôle, mérite aujourd’hui d’être rééquilibrée au profit de l’efficacité et des résultats.
Un enjeu budgétaire et humain
Dans un pays confronté à des contraintes budgétaires réelles, chaque optimisation compte. L’amélioration de l’utilisation des ressources existantes permettrait non seulement de réaliser des économies, mais aussi de renforcer la motivation des agents, en donnant un sens concret à leurs compétences.
Lorsque les talents sont durablement sous-utilisés, le risque est double : une perte de performance pour l’État et une frustration progressive des cadres, parfois tentés de chercher ailleurs la reconnaissance de leur savoir-faire.
Des réformes en cours, une opportunité à consolider
Les initiatives récentes, telles que les efforts d’assainissement de la fonction publique ou les ambitions portées par la Vision Simandou 2040, témoignent d’une volonté claire de modernisation de l’État. Elles offrent une opportunité précieuse pour aller plus loin, en intégrant pleinement la question de la valorisation effective des ressources existantes.
Des outils simples peuvent y contribuer : inventaires digitaux du matériel, cartographie des compétences, procédures allégées pour les décisions de faible impact financier, mobilité interne orientée projets, et reconnaissance des initiatives utiles.
Faire de l’optimisation une culture administrative
Il ne s’agit pas de bouleverser l’administration, mais de l’aider à mieux fonctionner, en favorisant une culture où l’initiative responsable est encouragée et où chaque ressource publique est utilisée à son plein potentiel.
Parfois, il ne faut ni grands discours ni réformes coûteuses, mais simplement le bon ancrage au bon endroit qu’il s’agisse d’une imprimante, d’une compétence ou d’une idée.
En prenant conscience de ces ajustements possibles, l’État guinéen peut renforcer son efficacité, améliorer le service public et faire en sorte que chaque franc investi produise un impact réel et durable au bénéfice des citoyens.
Mohamedcheriftoure80@gmail.com


