Nommée ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Madame Camara Djénabou Touré entre dans l’histoire. Elle est en effet la première femme à occuper ce fauteuil depuis l’indépendance de la Guinée en 1958. Mais au-delà de la portée symbolique, c’est avant tout son parcours technique qui justifie ce choix sous la Ve République.
Mme Camara Djénabou Touré est une véritable experte du terrain. Avant d’intégrer le gouvernement, elle s’est fait remarquer en tant qu’experte électorale, tant sur le plan national qu’international. Elle, qui écrit et parle couramment l’anglais, a l’avantage d’avoir participé à de nombreux processus électoraux à l’étranger, notamment aux États-Unis, et figure en outre sur la liste des experts qualifiés en droit électoral, logistique et sécurité de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et de l’ONU.
Facilitatrice internationale d’atelier BRIDGE, elle est également facilitatrice certifiée en leadership transformationnel, prévention et gestion des conflits électoraux.
Membre du Réseau des experts électoraux francophones (RECEF) et du Groupe africain des experts en enregistrement des faits d’état civil, elle s’investit activement depuis 10 ans comme ambassadrice et membre fondateur du mouvement africain de l’identité pour tous (ID4AFRICA).
Dans le cadre de ses engagements, elle a animé des forums au niveau africain et mondial sur les élections, l’état civil et le genre.
Coach certifiée en développement personnel, elle a coaché plus de 2 000 jeunes filles et femmes à travers le pays.
Mme Camara Djenabou Touré est la première femme à avoir organisé des élections dans notre pays. Elle a brillamment mené une mission complexe qui exigeait rigueur, neutralité et une connaissance fine du territoire.
Pendant plusieurs années, elle a ainsi parcouru les 33 préfectures et les 13 communes de Conakry, ce qui fait aujourd’hui d’elle une professionnelle chevronnée, rompue à l’esprit et au travail d’équipe indispensable à la réussite de sa mission.
Lors de son discours d’installation, ce vendredi 31 juillet 2026, la nouvelle ministre a fixé le cap de son mandat lorsqu’elle a présenté les grandes lignes de sa feuille de route. Comme elle se présente en ministre « de l’écoute, du dialogue, de la concertation et des résultats », elle cherche à installer un style de gouvernance fondé sur l’ouverture et la co-construction, à distance des postures d’autorité traditionnelles.
Lorsqu’elle soutient qu’elle ne vient « pas pour commander, mais pour servir », la ministre envoie un signal clair aux acteurs du secteur ainsi qu’à ses équipes, dans la mesure où son action s’articulera autour d’une approche partenariale et pragmatique où la recherche de solutions concrètes primera sur la hiérarchie.
Cette démarche d’humilité vise avant tout à mériter la confiance accordée par le président Mamadi Doumbouya. Elle a souligné avec insistance que ce geste l’honore autant qu’il l’oblige, tout en représentant à ses yeux un engagement solennel envers la République.
Elle connaît les réalités des sous-préfectures, les difficultés d’accès, les tensions locales et les attentes des populations. Cette cartographie humaine et administrative est un atout majeur pour piloter un ministère qui touche directement la vie des citoyens.
Son profil d’experte électorale, reconnue pour sa méthode et sa discrétion, tranche avec la politisation habituelle du secteur. Elle arrive avec une réputation de femme de dossiers, habituée à rendre des comptes et à travailler avec les partenaires techniques et financiers.
Par ailleurs, le département dont elle hérite revêt un caractère hautement stratégique. Les spécialistes et observateurs s’accordent en effet sur trois chantiers majeurs qui l’attendent dès sa prise de fonction.
En premier lieu, il s’agira de rendre effective la décentralisation. Bien que le cadre législatif existe déjà, le transfert réel de compétences ainsi que le déploiement des ressources vers les collectivités locales accusent encore du retard, poussant ainsi les maires à réclamer une plus grande autonomie financière et technique. Il appartiendra donc à la nouvelle ministre d’accélérer et de sécuriser ce processus fondamental.
En second lieu, assurer la cohésion territoriale représentera un enjeu tout aussi crucial. Cela implique de réussir à concilier l’autorité de l’État incarnée par les gouverneurs et préfets avec les impératifs des élus locaux et l’influence des autorités coutumières, ce qui constitue un équilibre délicat à maintenir, particulièrement en cette période de réformes institutionnelles.
Enfin, le troisième défi consistera à préparer soigneusement l’environnement administratif des prochaines échéances électorales, notamment avec l’émergence de l’Organe Technique Indépendant de Gestion des Élections qui vient remplacer la Direction générale des élections.
Grâce à sa solide expérience, l’opinion publique attend d’elle qu’elle sécurise le fichier administratif, affine le découpage territorial et optimise la logistique en soutien à cet organe indépendant. Une rigueur dans l’organisation de scrutins apaisés et incontestables qui a d’ailleurs fondé sa notoriété, tant à l’échelle nationale qu’internationale.
Vu son CV, on peut écrire sans risque d’être démenti que Mme Camara Djénabou Touré a les cartes en main. Elle connaît le terrain. Elle maîtrise les enjeux techniques et jouit d’une crédibilité qui peut faciliter le dialogue.
La tâche est certes immense, et les résistances bureaucratiques ainsi que les contraintes budgétaires sont réelles. Mais, jusqu’à preuve du contraire, c’est précisément ce type de profil, expérimenté et ancré dans le concret, dont l’administration a besoin pour transformer les promesses de la Ve République en résultats visibles pour les Guinéens.

Ibrahima Diallo, journaliste et écrivain.





