Frappe américaine au Nigeria: Washington cherche à avancer ses pions (Par Oumar Kateb Yacine)

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Sous couvert de protéger les chrétiens persécutés, les États-Unis ont frappé des positions djihadistes au Nigeria le 25 décembre dernier. Une intervention présentée comme humanitaire, mais qui intervient surtout au moment où Abuja devient un pivot énergétique et un partenaire stratégique majeur de la Chine. Derrière la morale affichée, cest une guerre dinfluence pour le contrôle des ressources et des équilibres africains qui se joue.

Le 25 décembre 2025, à laube, des frappes aériennes américaines de précision, soutenues par des drones armés et des forces spéciales en appui logistique, ont frappé plusieurs positions djihadistes dans le nord-est du Nigeria. Lopération renseignement satellitaire, ciblage chirurgical, coordination étroite avec larmée nigériane suit le scénario désormais rodé. Officiellement, il sagit de combattre les groupes liés à Boko Haram et à lÉtat islamique en Afrique de lOuest, tout en protégeant les minorités chrétiennes.
Lintervention sest déroulée avec laccord clair et la pleine coopération des autorités dAbuja, qualifiée par Washington de « partenariat sécuritaire modèle ». Tout était impeccablement calibré : une frappe nette, un ennemi universellement détestable, un narratif humanitaire taillé sur mesure.
Mais comme toujours, la morale ouvre le bal. Elle ne le clôt jamais.

Le Nigeria nest plus un problème, il devient une puissance

Cette opération nest pas un coup isolé. Elle survient exactement quand le Nigeria cesse dêtre un simple foyer dinstabilité pour émerger comme un acteur stratégique de premier plan énergétique, industriel, géopolitique.
La raffinerie Dangote en est lemblème le plus éclatant. Avec une production quotidienne de dizaines de millions de litres de carburant, elle couvre désormais les besoins nationaux. Mieux : Aliko Dangote annonce une montée en puissance vers 1,4 million de barils par jour, ce qui placerait le complexe nigérian au sommet mondial, devant Jamnagar en Inde.
Ce nest plus une belle histoire africaine. Cest un tournant historique.
Un Nigeria qui raffine, qui exporte, qui stabilise les prix régionaux est un géant en gestation qui pourrait briser les chaînes anciennes de la dépendance énergétique. Et pour Washington, cela bouleverse la donne.

La Chine à Abuja : l’autre front de la guerre silencieuse

Pendant ce temps, Pékin progresse sans tambour ni trompette, mais avec une implacable méthode.

En 2025, le Nigeria est devenu le premier réceptacle des investissements chinois en Afrique : des contrats de construction massifs autour de 20 à 25 milliards de dollars rien que pour certains mégaprojets comme le parc industriel gazier , des milliards supplémentaires dans le solaire, la modernisation ferroviaire, lexpansion industrielle intégrée aux Nouvelles routes de la soie.

La Chine ne bombarde pas. Elle bâtit.

Elle ne moralise pas. Elle finance.

Elle ne conditionne pas. Elle structure.

Et en agissant ainsi, elle ancre solidement le Nigeria dans sa sphère dinfluence économique loin des normes occidentales, mais avec une efficacité implacable.

Pour Washington, le verdict est cinglant : lAfrique ne se perd plus dans le chaos, elle se perd dans les contrats.

La guerre contre le terrorisme comme outil de reconquête

Dès lors, lintervention américaine change de sens. Il ne sagit plus seulement déliminer des groupes armés, mais de reprendre pied stratégiquement dans un pays stratégique.

Sécuriser des zones, cest :
protéger les infrastructures énergétiques,
garantir les corridors industriels,
rassurer les investisseurs occidentaux,
et surtout rééquilibrer linfluence face à Pékin.

Le terrorisme devient le langage partagé, la justification universelle, le sésame géopolitique parfait. Une guerre sans débat, sans opposition morale, sans coût politique majeur.

Abuja entre deux dépendances

Le Nigeria marche sur un fil. En acceptant la coopération militaire américaine, il achète de la stabilité. En accueillant les capitaux chinois, il achète de la croissance. Mais lhistoire africaine enseigne une leçon brutale : on ne joue pas éternellement léquilibriste entre les empires sans finir par tomber.

La souveraineté économique naissante risque de buter sur une tutelle sécuritaire insidieuse. Lindépendance industrielle peut se retrouver coincée entre dettes et alliances militaires.

Sous la morale, l’instinct impérial

Trump ne frappe pas le Nigeria par hasard. Il frappe précisément quand le pays devient trop stratégique pour être abandonné à dautres. Les chrétiens persécutés fournissent le récit. Les djihadistes, la cible. Mais les ressources, lénergie et linfluence constituent lenjeu véritable.

LAfrique, une fois encore, nest pas conquise par la force brute, mais par lalignement des intérêts stratégiques.

La question nest donc pas de savoir si lintervention est légitime.

La vraie question, plus inconfortable, reste celle-ci :
Le Nigeria deviendra-t-il enfin un sujet de lhistoire mondiale, ou restera-t-il lobjet raffiné des rivalités impériales ?

Oumar Kateb Yacine est Analyste-Consultant en Géopolitique
Son contact : bahoumaryacine777@gmail.com

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