Alors que le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation s’est récemment félicité du bon déroulement des examens nationaux de la session 2026, le secrétaire général du Syndicat National de l’Éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, livre une tout autre lecture de la situation. Lors d’un point de presse animé ce lundi 13 juillet, le responsable syndical a dénoncé une fraude « systémique et massive » ayant, selon lui, entaché le Certificat d’Études Élémentaires (CEE), le Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) et le Baccalauréat.
Dès l’entame de son intervention, Michel Pépé Balamou a estimé que les irrégularités constatées cette année doivent interpeller l’ensemble des acteurs du système éducatif. « Cette année, les examens ont été caractérisés par la commission massive de fraudes sur toute la ligne. Cela doit interpeller notre conscience nationale, l’éthique et la déontologie de la profession enseignante, les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les partenaires sociaux et la société civile », a-t-il déclaré.
Une fraude « institutionnalisée »
Pour le secrétaire général du SNE, la particularité de cette session réside dans le fait que les fraudes auraient été facilitées par ceux-là mêmes qui étaient censés les combattre.
« Lorsqu’on parle de fraude systémique, c’est cette fraude-là même qui est commise par ceux qui sont chargés de l’empêcher. Je veux parler des autorités éducatives à tous les niveaux », a-t-il affirmé.
Le syndicaliste dénonce également un manque de transparence dans la gestion des ressources financières consacrées à l’organisation des examens nationaux. Michel Pépé Balamou rappelle qu’à l’époque de l’ancien ministre Ibrahima Kalil Konaté, dit « K² », les budgets étaient rendus publics.
« En 2016, 2017 et 2018, le budget s’élevait à 70 milliards de francs guinéens. Le ministre d’alors avait dépensé 39 milliards et reversé le reste au Trésor public. Depuis, il n’y a plus aucune communication. C’est le premier point de l’opacité », a-t-il regretté.
Centres d’examen et recrutement des surveillants critiqués
Le leader syndical a également dénoncé le choix de certains centres d’examen, qu’il juge guidé par le clientélisme plutôt que par des critères objectifs.
Selon Michel Pépé Balamou, des établissements privés peu adaptés ont été retenus malgré leur faible capacité d’accueil ou leur enclavement, favorisant ainsi des pratiques frauduleuses.
« On négocie avec des fondateurs d’écoles privées pour favoriser leurs candidats. Des enseignants de ces établissements y sont nommés surveillants pour surveiller leurs propres élèves », a-t-il dénoncé.
Le SNE s’est aussi insurgé contre les conditions de recrutement des surveillants. Michel Pépé Balamou évoque une véritable marchandisation de cette mission, affirmant que des étudiants, des proches ou encore des membres de familles de responsables auraient été privilégiés au détriment d’enseignants qualifiés, uniquement pour bénéficier des primes de surveillance. Selon lui, certains surveillants étaient même incapables de retranscrire correctement les sujets au tableau.
Les syndicats écartés de la supervision
Le professeur de philosophie estime par ailleurs que les organisations syndicales ont été volontairement exclues du dispositif de supervision afin d’éviter tout regard critique sur le déroulement des épreuves. Il cite notamment le cas de l’Inspection régionale de l’éducation de Conakry, où aucune des dix personnes proposées par le SNE n’aurait été retenue. « En choisissant des personnes de faible moralité, on crée inévitablement des dysfonctionnements », a-t-il soutenu.
Le retour du système « main à main »
Autre révélation du syndicat : la résurgence du système dit de « main à main », présenté comme une méthode de fraude plus discrète que les groupes WhatsApp utilisés les années précédentes.
Selon Michel Pépé Balamou, des copies vierges d’examen auraient été vendues entre 100 000 et 150 000 francs guinéens avant les épreuves. Des équipes auraient ensuite traité les sujets durant la nuit avant de substituer les copies des candidats, soit directement dans les salles d’examen, dans les secrétariats, ou encore dans les centres de centralisation.
Le syndicat attribue notamment ces fuites à la suppression de l’internement des inspecteurs disciplinaires chargés de préparer les sujets, une mesure abandonnée cette année par le ministère en raison de son coût.
Les suspensions de DPE jugées insuffisantes
Réagissant à la suspension de plusieurs Directeurs préfectoraux de l’Éducation (DPE), notamment à Siguiri, Forécariah, Macenta et Nzérékoré, le responsable du SNE estime que ces décisions ne permettent pas de situer les véritables responsabilités. Il reconnaît toutefois une négligence manifeste à Forécariah, où un seul lycée aurait accueilli plus de 2 000 candidats. Pour Michel Pépé Balamou, les principaux responsables se trouvent au sein même du ministère.
« Ce ne sont pas les DPE qui choisissent les sujets, les délégués ou qui acheminent les copies. Les vrais complices se trouvent dans le cabinet du ministre et dans ses directions nationales. C’est là que les responsabilités doivent être situées », a-t-il déclaré.
Plus d’enseignants arrêtés que d’élèves
Le secrétaire général du Syndicat National de l’Éducation s’est dit profondément préoccupé par l’implication de membres du corps enseignant dans ces pratiques frauduleuses. Selon les chiffres qu’il a communiqués, 187 enseignants auraient été interpellés sur l’ensemble du territoire national, contre 145 élèves pris en flagrant délit de fraude. « Il est paradoxal et humiliant que le nombre d’enseignants fraudeurs dépasse celui des élèves », a-t-il déploré.
Le SNE affirme qu’il n’entend pas défendre les enseignants impliqués dans ces affaires, tout en exigeant le respect de leurs droits à un procès équitable. « Si chaque année, il faut aller libérer les gens de prison pour qu’il y ait récidive l’année suivante, cela ne nous honore pas », a conclu Michel Pépé Balamou.
Mansaré Soumah Naby Moussa





