Il ne préside plus rien, mais on le retrouve dans les coulisses d’un dialogue politique national qui s’annonce décisif pour la République Démocratique du Congo. Alpha Condé, chassé du pouvoir par un coup d’État le 5 septembre 2021 à Conakry, jouerait un rôle de facilitateur dans les tractations qui ont précédé l’annonce faite par le président Félix Tshisekedi le vendredi 17 juillet 2026, selon plusieurs sources concordantes. Une présence si discrète que l’ancien président guinéen n’apparaît sur aucune photo officielle et c’est peut-être ce silence qui intrigue le plus.
En Guinée, le nom d’Alpha Condé reste attaché à une réforme constitutionnelle contestée qui lui avait ouvert la voie d’un troisième mandat. Qu’un homme associé à ce type de crise institutionnelle vienne aujourd’hui conseiller Kinshasa sur l’apaisement politique, il y a de quoi susciter des débats.
Faut-il alors l’écarter d’office ? Rien n’est moins sûr. Il est désormais courant en Afrique de confier ces missions à d’anciens chefs d’État, dont le carnet d’adresses et la connaissance des rouages du pouvoir comptent souvent plus que le bilan personnel. Une médiation n’a jamais été un prix de vertu. Elle demande surtout la capacité de faire parler des gens qui ne se parlent plus.
Reste que la crédibilité d’un médiateur tient aussi à ce qu’il incarne. Et sur ce plan, Alpha Condé part avec un lourd handicap. Peut-on aider à construire un compromis démocratique quand on a soi-même buté sur cette question chez soi ? La réponse n’a rien d’automatique.
Alpha Condé et la famille Tshisekedi, une vieille amitié
Le rapprochement remonte à l’époque où l’ancien président guinéen et le père de l’actuel chef d’État congolais étaient tous deux dans l’opposition, un lien qui semble avoir compté dans ce choix, et sans oublier l’entremise du président Denis Sassou-Nguesso, décrit comme un proche d’Alpha Condé. Une diplomatie de confiance personnelle, plus que de titres.
L’intention ou l’initiative est salutaire, mais elle ne suffit pas, car la confiance reste la condition première de tout dialogue qui se veut sincère.
La vraie question n’est donc pas de savoir si Alpha Condé est le bon ou le mauvais choix. Il s’agit plutôt de savoir si le dialogue engagé à Kinshasa sera réellement inclusif, ou s’il restera un exercice de façade. Vous conviendrez avec moi qu’aucun facilitateur, aussi expérimenté soit-il, ne peut se substituer à la volonté des acteurs sociopolitiques congolais eux-mêmes.
Thierno Diawara, Journaliste indépendant





