La fin d’un monde régulé
Le monde traverse une mutation profonde de son ordre international. Les certitudes héritées de l’après-Guerre froide, primauté du multilatéralisme, centralité du droit international, stabilité des alliances, s’effritent au profit d’un système dominé par le rapport de force, la coercition économique et la méfiance stratégique.
Les tensions commerciales actuelles, exacerbées par les menaces de tarifs douaniers américains contre plusieurs États européens, illustrent ce basculement. Elles révèlent une réalité désormais difficile à contester : les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un allié fiable de l’Europe sur le plan commercial.
I. Les États-Unis : d’architecte de l’ordre libéral à puissance coercitive
Longtemps présentés comme les garants du libre-échange et de l’ordre fondé sur des règles, les États-Unis opèrent aujourd’hui un virage stratégique assumé. Le protectionnisme est devenu un instrument central de politique étrangère.
L’accord commercial UE–USA de juillet 2025, dit « Turnberry deal », devait instaurer une stabilité relative. Or, dès janvier 2026, cet équilibre est rompu par des hausses tarifaires unilatérales, portant les droits à des niveaux inédits depuis les années 1930.
L’annonce, le 17 janvier 2026, de nouveaux tarifs contre plusieurs pays européens pour des motifs politiques marque une rupture : le commerce devient un outil de sanction géopolitique.
II. L’Europe : le réveil douloureux d’une puissance incomplète
Face à cette escalade, l’Union européenne suspend la ratification de l’accord et prépare des contre-mesures. Cette réaction révèle une prise de conscience tardive de sa vulnérabilité stratégique.
L’Europe demeure militairement dépendante, politiquement fragmentée et lente dans sa capacité de décision, ce qui limite son affirmation comme puissance autonome.
III. La Russie : la normalisation du rapport de force
Malgré les sanctions, la Russie s’est repositionnée en exploitant ses ressources énergétiques, agricoles et militaires. Elle incarne un modèle fondé sur la souveraineté absolue et le rejet de l’ingérence.
IV. La Chine : la puissance patiente
La Chine tire profit du désordre occidental en privilégiant les investissements, la stabilité contractuelle et une diplomatie non moralisatrice. Elle ne propose pas un ordre égalitaire, mais un système hiérarchisé à son avantage.
V. L’Afrique : d’objet à sujet géopolitique
L’Afrique est au cœur des convoitises stratégiques mondiales. Son avenir dépendra de sa capacité à refuser l’alignement automatique, à diversifier ses partenariats et à transformer localement ses ressources.
En sommes, le monde entre dans une ère où le commerce est une arme, les alliances sont fragiles et la souveraineté redevient centrale. Le défi du XXIᵉ siècle sera d’éviter que la loi du plus fort n’enterre définitivement le droit international.
Mohamed Chérif Touré





