Quand le monde n’écoute plus que les forts : quelle posture stratégique pour l’Afrique dans un ordre international brutal ? (Par Mohamed Chérif Touré)

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Le retour sans fard de la loi du plus fort
Le discours prononcé le 14 janvier 2026 par le président français Emmanuel Macron lors de ses vœux aux forces armées à Istres marque un tournant idéologique majeur dans la lecture contemporaine des relations internationales. En affirmant que « pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant », le chef de l’État français acte publiquement ce que beaucoup d’États pratiquent déjà : la primauté de la force sur le droit dans un monde en crise.

Ce propos, assumé et sans détour, s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues : guerre en Ukraine, instabilité persistante au Moyen-Orient, troubles en Iran, et rivalités stratégiques en Arctique, illustrées par l’intérêt américain pour le Groenland. Il justifie un réarmement accéléré de la France, avec une hausse annoncée de 36 milliards d’euros du budget militaire pour la période 2026-2030, et appelle la nation à des sacrifices collectifs.

Au-delà de la France, ce discours interpelle profondément l’Afrique : comment exister dans un monde où seuls les puissants sont écoutés ?

I. Un ordre international désenchanté : de l’idéalisme juridique à la realpolitik assumée

Le discours de Macron consacre le retour à une vision réaliste des relations internationales, rappelant Machiavel et Thucydide. Depuis la fin de la guerre froide, l’ordre international libéral reposait sur la primauté du droit et du multilatéralisme. Or, l’invasion de l’Ukraine, l’impuissance du Conseil de sécurité et l’affaiblissement des juridictions internationales montrent que le droit international, sans adossement à la puissance, reste largement inopérant.

Dans ce contexte, la liberté n’est plus perçue comme un acquis, mais comme une conquête permanente protégée par la dissuasion.

II. Le discours de Macron : lucidité stratégique ou aveu d’échec collectif ?

En affirmant que la France doit être crainte pour rester libre, Emmanuel Macron reconnaît implicitement l’échec du multilatéralisme à protéger efficacement les États. Son discours s’articule autour de trois axes : l’augmentation des capacités militaires, le renforcement de la préparation opérationnelle et la consolidation de la souveraineté nationale.

L’évocation du Groenland illustre que, même entre alliés, le droit cède face aux intérêts stratégiques.

III. L’Afrique face à la brutalité du monde : sortir de l’illusion normative

Dans un monde dominé par la puissance, l’Afrique ne peut plus se contenter d’un discours moral déconnecté des rapports de force. Le continent souffre moins d’un déficit de légitimité que d’un déficit de puissance organisée.

IV. Quel comportement stratégique pour l’Afrique aujourd’hui ?

La souveraineté doit devenir réelle et non proclamée. Cela suppose des forces de défense crédibles, une intégration régionale renforcée et l’abandon du non-alignement passif au profit d’un non-alignement stratégique.

V. Lecture pour la Guinée : une exigence de lucidité souveraine

Pour la Guinée, ce discours doit être compris comme un avertissement. Dans un monde brutal, aucune nation ne protège durablement les intérêts d’une autre. La réforme du secteur de la défense et une diplomatie fondée sur l’intérêt national deviennent indispensables.

Bref, être respecté pour rester libre

Le discours d’Emmanuel Macron rappelle une vérité ancienne : le droit sans puissance est vulnérable. Pour l’Afrique, l’enjeu n’est pas de devenir agressive, mais de devenir respectée. Dans l’ordre international actuel, le respect passe par la capacité à dissuader, à résister et à choisir librement ses alliances.

mohamedcheriftoure80@gmail.com

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