Présidentielle en Guinée : qui a réellement gagné, qui a perdu ?(Olladi Ibrahima, journaliste)

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Le regard d’un observateur averti permet de saisir toute la portée de cette analyse.

À l’issue du scrutin présidentiel, le débat public s’est très vite focalisé sur un nom, un score, une victoire officielle déjà annoncée. Pourtant, à y regarder de plus près, cette élection révèle une réalité politique bien plus nuancée : il y a eu deux gagnants et deux perdants, chacun à des niveaux différents.

Le premier gagnant, incontestable sur le plan des chiffres, est Mamadi Doumbouya président du GMD. Les résultats proclamés lui attribuent une victoire nette, traduisant une domination arithmétique sans équivoque du scrutin. Qu’on les approuve ou qu’on les conteste, ces chiffres constituent aujourd’hui une réalité politique à laquelle tous les acteurs sont contraints de faire face. En ce sens, Mamadi Doumbouya s’impose comme le vainqueur institutionnel et statistique de cette présidentielle, avec 86,72 % des suffrages selon la DGE.

Mais l’élection a également révélé un autre gagnant, moins attendu mais tout aussi significatif sur le plan politique : Abdoulaye Yéro Diallo, président du FRONDEG. Pour une première participation à une élection présidentielle, ce candidat débutant a réussi à se hisser à la deuxième place, devant des figures pourtant bien installées du paysage politique national. Il pourrait désormais s’imposer comme un nouveau chef de file de l’opposition guinéenne. Au-delà du score, sa performance envoie un message clair : une frange importante de l’électorat aspire au renouvellement, à de nouveaux visages et à un discours politique différent.

À l’inverse, cette présidentielle a également consacré deux perdants politiques. Dr Faya Millimono, du Bloc Libéral, et Abé Sylla, président de la NGR, malgré plusieurs participations aux échéances électorales en Guinée, ils n’ont pas su transformer leur expérience en avantage décisif. Cette contre-performance intervient pourtant dans un contexte marqué par l’absence des deux principales forces politiques traditionnelles : le RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé et l’UFDG de Cellou Dalein Diallo.

Le fait d’être devancés par un candidat novice comme Abdoulaye Yéro Diallo sonne comme un signal fort. Il interroge leur stratégie, leur capacité de mobilisation et, plus largement, leur connexion actuelle avec les attentes profondes de l’électorat.

Cette élection met ainsi en lumière une leçon essentielle : en politique, l’ancienneté ne garantit plus la performance, et la nouveauté peut devenir un atout lorsqu’elle rencontre l’espoir populaire. Si Mamadi Doumbouya gagne en chiffres, Abdoulaye Yéro Diallo gagne en symbole. À l’opposé, Dr Faya Millimono et Abé Sylla sortent affaiblis, confrontés à l’impérieuse nécessité d’une remise en question.

Au final, cette présidentielle n’a pas seulement désigné un vainqueur. Elle a redessiné les rapports de force et ouvert un nouveau chapitre du débat politique national, dans lequel l’électeur guinéen apparaît désormais plus exigeant, plus mobile et moins prisonnier des figures politiques traditionnelles.

Olladi Ibrahima,
Journaliste et observateur politique.

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