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Karma historique : l’Europe face au goût amer de son passé colonial (Mohamed Chérif Touré)

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Les récents discours du président américain Donald Trump, marqués par une brutalité assumée et une arrogance décomplexée à l’égard de l’Union européenne, ont provoqué une onde de choc dans les capitales européennes. Menaces de tarifs douaniers, accusations de dépendance stratégique, mise en cause de la contribution européenne à l’OTAN : le ton est dur, parfois humiliant. Pourtant, au-delà de l’indignation légitime, ces sorties américaines méritent une lecture plus profonde. Elles résonnent comme un karma historique, renvoyant l’Europe au goût amer de ce que les peuples colonisés ont subi pendant des siècles.

Donald Trump ne fait que remettre au goût du jour un mode de relations internationales fondé sur la loi du plus fort. Lorsqu’il affirme que l’Europe doit sa sécurité, sa stabilité économique et même sa survie stratégique aux États-Unis, il place l’Union européenne dans une position de subordination. Ce discours, vécu comme un affront par les dirigeants européens, rappelle pourtant une logique familière : celle de la domination, de la dépendance imposée et de la morale instrumentalisée.

Pendant plusieurs siècles, l’Europe a structuré ses relations avec l’Afrique, les Amériques et une partie de l’Asie sur la base de l’exploitation. De la traite négrière transatlantique à la colonisation, des millions de femmes et d’hommes ont été arrachés à leurs terres, privés de liberté, dépossédés de leurs ressources au nom du commerce, de la civilisation et du progrès. La Conférence de Berlin de 1884-1885 a consacré ce mépris absolu de la souveraineté des peuples africains, transformant le continent en un espace de prédation économique.

Les indépendances n’ont pas mis fin à cette logique. Le contrôle s’est transformé, devenant plus discret mais tout aussi contraignant. Dette extérieure, accords commerciaux déséquilibrés, dépendance monétaire et sécuritaire : l’Afrique continue de subir les effets d’un système néocolonial largement dénoncé. Aujourd’hui encore, alors que le continent détient une part essentielle des ressources stratégiques mondiales, ses populations restent marginalisées dans la chaîne de valeur globale.

Le discours trumpien agit ainsi comme un miroir cruel. L’Europe, longtemps en position de domination et de donneuse de leçons, expérimente ce que signifie être placée sous tutelle stratégique, sommée de se conformer aux intérêts d’un allié plus puissant. Ironie de l’histoire : les États-Unis, issus d’une guerre d’indépendance contre l’empire britannique, adoptent désormais les méthodes impériales qu’ils prétendaient combattre.

La question fondamentale demeure : l’Europe tirera-t-elle les leçons de cette situation ? Se contentera-t-elle de dénoncer l’arrogance américaine ou acceptera-t-elle enfin de regarder lucidement son propre passé colonial et ses prolongements contemporains ? La réparation ne peut être seulement symbolique. Elle doit être politique, économique et morale : annulation des dettes injustes, partenariats équitables, respect réel de la souveraineté des États africains.

Faute de quoi, le karma géopolitique à l’œuvre continuera de produire ses effets. Car l’histoire rappelle inlassablement que les systèmes fondés sur la domination finissent toujours par se retourner contre ceux qui les ont érigés en règle.

Mohamed Chérif Touré
Mohamedcheriftoure80@gmail.com

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