spot_img
spot_img
Accueil GUINEE Fleuve Makona : ce que dit le droit sur la frontière entre...

Fleuve Makona : ce que dit le droit sur la frontière entre la Guinée et le Liberia (Mohamed Chérif Touré, juriste)

0
126

Les tensions récemment observées dans la zone du fleuve Makona entre la Guinée et le Liberia ont relancé un débat sensible sur la délimitation de la frontière entre les deux pays. Entre déclarations politiques, interprétations approximatives et émotions nationales, il est utile de revenir à la seule référence qui tranche véritablement la question : le droit international.

Une frontière établie par un accord international


La frontière entre la Guinée et le Liberia trouve son fondement juridique dans la Convention franco-libérienne du 13 janvier 1907. À cette époque, la Guinée était administrée par la France en tant que colonie, tandis que le Liberia était déjà un État indépendant. L’accord conclu entre les deux parties visait à fixer de manière claire et définitive la frontière entre les deux territoires.

La convention établit que la frontière suit la rive libérienne du fleuve Makona, ce qui implique juridiquement que le fleuve lui-même se situe du côté guinéen. Cette disposition a été confirmée par les travaux d’une commission mixte chargée de matérialiser la frontière sur le terrain au début du XXe siècle.

Le principe africain de stabilité des frontières

Après les indépendances, les États africains ont adopté une règle fondamentale du droit international : le respect des frontières héritées de la colonisation, connu sous le nom d’uti possidetis juris. Ce principe a été consacré par l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue aujourd’hui l’Union africaine, afin d’éviter la multiplication des conflits territoriaux sur le continent.

Ainsi, les frontières coloniales sont devenues les frontières internationales des États africains indépendants, sauf modification par accord entre les États concernés. En conséquence, la délimitation fixée par la convention de 1907 demeure juridiquement la référence entre la Guinée et le Liberia.

Les tensions actuelles : un problème de gestion plutôt que de droit

Les incidents observés dans la zone du Makona semblent moins relever d’un véritable différend juridique que d’une problématique de gestion des espaces frontaliers. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces tensions : les activités minières artisanales dans les zones frontalières, l’exploitation des ressources naturelles, la circulation des populations entre les deux pays et parfois l’absence de matérialisation visible de certaines limites.
La diplomatie et la coopération comme solutions

Face à ces tensions, la solution réside dans la coopération bilatérale et régionale. Des mécanismes existent déjà, notamment dans le cadre de la CEDEAO et de l’Union du fleuve Mano, qui encouragent le règlement pacifique des différends et la gestion concertée des frontières.
La mise en place d’une commission technique conjointe pourrait permettre de réexaminer les documents historiques, de renforcer la matérialisation de la frontière et de prévenir les incidents futurs.


Le droit comme instrument de paix

Au-delà du cas du Makona, cette situation rappelle une réalité essentielle : la stabilité des frontières africaines repose sur le respect du droit et sur la coopération entre États voisins. Dans un contexte régional parfois fragile, la connaissance des textes historiques et des principes du droit international constitue un outil essentiel pour éviter les escalades inutiles.

Mohamed Chérif Touré, juriste
M
mohamedcheriftoure80@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici