Je parle rarement, et surtout publiquement, de la disparition d’un être cher. Je préfère garder ces moments pour moi et prier pour le repos de son âme. Mais au-delà de cet exercice spirituel, je ne peux pas laisser partir aujourd’hui mon ami Aboubacar Séné Diallo sans raconter un souvenir qui m’est resté gravé. Celui d’un homme qui aimait le micro, mais qui savait aussi se soucier des autres.
Nous sommes en mai 2007, à la radio Nostalgie. Cela fait quatre mois que j’y travaille comme journaliste reporter. Je touche mon premier salaire, puis le deuxième, puis le troisième. Pourtant, quelques jours après chaque paie, il ne me reste presque plus rien. Je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à m’en sortir.
À cette époque, je présente les bulletins d’information dans la célèbre émission de Séné, « Les Matinales », diffusée de 6 heures à 9 heures sur Nostalgie Guinée 98.2 en bande FM. Après l’émission, nous avons l’habitude d’aller déjeuner chez une dame, en face de Mouna Group Technologie, au cœur de Kaloum. Au menu : du riz, des sauces à base de feuilles de patate douce, d’arachide, du Lafidi… De quoi reprendre des forces avant de poursuivre notre journée.
Un jour, pendant le repas, je lui parle de mes difficultés financières. Trois salaires déjà perçus, et toujours du mal à joindre les deux bouts.
Séné me regarde, étonné. « Mais Diawara, tu n’es pas marié et tu habites au camp Samory Touré, où tu n’as pas de loyer à payer. Je ne comprends pas ! »
Il réfléchit un instant, puis me lance, avec son humour habituel : « Ou bien tu donnes ton salaire aux petites filles de Kaloum ? » Évidemment, nous éclatons de rires.
Mais derrière la plaisanterie, Séné veut comprendre. Il me demande si j’ai un compte bancaire. Non, je n’en ai pas. « Alors, la première chose qu’on va faire, c’est de t’ouvrir un compte bancaire. Dès que tu reçois ton salaire, tu vas déposer une partie et utiliser le reste pour tes besoins. »
Il ne se contente pas de me donner ce conseil. Sur-le-champ, il appelle sa conseillère à la BICIGUI pour prendre rendez-vous. Le lendemain, après « Les Matinales », nous voilà à la banque. La conseillère nous reçoit dans son bureau et mon compte est ouvert.
À partir de là, j’adopte une nouvelle habitude : à chaque salaire, je dépose 40 % à la banque. Petit à petit, j’apprends à mieux gérer mon argent.
Voilà ce que Séné a fait pour moi. Il aurait pu se contenter de rire avec moi de mes difficultés, puis passer à autre chose. Mais non. Il a pris le temps de m’écouter et de m’aider à trouver une solution. Un geste qui peut paraître banal, mais que je n’ai jamais oublié.
Mon cher Séné, si tu pouvais ouvrir les yeux une dernière fois et lire tous ces messages, tous ces hommages que des milliers de personnes te rendent depuis l’annonce de ta disparition, je suis sûr que tu serais fier. Fier de voir combien de vies tu as touché, parfois sans même t’en rendre compte.
Tes émissions sont enregistrées. Ta voix, elle, continue de résonner. Et ceux qui t’ont écouté, côtoyé ou connu garderont quelque chose de toi. Tu nous quittes physiquement, mais les souvenirs restent. Moi, je n’oublierai jamais ce déjeuner à Kaloum, cette plaisanterie et ce conseil qui m’ont aidé à changer mes habitudes.
Aujourd’hui, tu rejoindras ta dernière demeure. Que Dieu facilite ta première nuit dans la tombe, t’accorde Son pardon et t’accueille dans Son Paradis.
Dors en paix, Séné.
Par ton ami diakhanké, l’
