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Tibou Kamara ou le symbole du courage de se taire (Par Thierno Diawara)

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Il y a des silences plus éloquents que tous les discours. Des retraits qui en disent plus long que mille prises de parole. Je m’exprime rarement de cette façon, on me connaît plutôt discret sur certains sujets. Mais il y a des moments où se taire serait une forme d’injustice envers ceux qui méritent d’être salués pour ce qu’ils sont, et pour ce qu’ils choisissent de ne plus être.

Aujourd’hui, je veux parler de Tibou Kamara, un nom qui dépasse les frontières guinéennes.

Son parcours, personne ne le conteste. Journaliste respecté, homme d’expérience, acteur incontournable de la vie publique guinéenne depuis des décennies. Il a occupé de hautes fonctions, traversé les tempêtes de notre histoire politique avec les convictions qui étaient les siennes. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler aujourd’hui. Ce n’est ni son CV encore moins ses titres qui m’occupent. C’est un choix. Celui de se retirer du bruit, des joutes, des affrontements.

Je ne sais pas tout de ses raisons, et je me garderai de les inventer. Mais comment ignorer ce que sa famille a traversé, l’enlèvement de sa mère et de sa sœur par des individus toujours non identifiés ? Face à une épreuve pareille, les priorités d’un homme changent. Et c’est heureux qu’elles changent.

Il y a une vérité que beaucoup n’osent pas dire tout haut. Aucun combat politique, aucune tribune, aucune cause, même juste, ne vaut qu’on y sacrifie ceux qu’on aime. Se retirer pour protéger les siens, ce n’est ni fuir ni renoncer. C’est assumer. C’est souvent la décision la plus dure à prendre, et la plus digne.

On aime, chez nous, célébrer ceux qui haussent le ton. On oublie trop souvent d’honorer ceux qui savent se taire quand il le faut. Pourtant la grandeur d’un homme ne se mesure pas qu’à sa capacité à dénoncer. Elle se mesure aussi à sa capacité à mettre la sécurité des siens au-dessus de tout le reste.

À celles et ceux qui traversent des épreuves semblables, je veux dire une chose. Il y a mille façons de servir son pays. L’engagement ne se résume pas aux estrades et aux micros. Construire, conseiller, transmettre, former la relève, agir dans l’ombre, tout cela compte. Tout cela pèse, parfois plus lourd qu’un discours.

Le vrai patriotisme, ce n’est pas de parler ou de dénoncer sans cesse. C’est de savoir, à un moment donné, choisir le silence, en n’oubliant jamais que derrière chaque engagement, il y a des mères, des enfants, des proches qui, eux, n’ont rien choisi.

À Tibou Kamara, je veux dire tout mon respect pour cette leçon de maturité, sinon de grandeur d’âme.

À sa mère, notre mère, je souhaite la santé, la paix, et de longues années encore.

Que Dieu la protège pour nous, depuis la terre bénie de Dinguiraye.

Par Thierno Diawara, journaliste et ancien rédacteur en chef adjoint de Nostalgie Guinée (2007-2016)

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