Plusieurs chauffeurs assurant la liaison entre Labé, le Sénégal et la Gambie ont exprimé, ce samedi 22 août 2026, leur mécontentement face aux difficultés qu’ils disent rencontrer aux différents postes de contrôle. Ils dénoncent notamment des paiements jugés excessifs réclamés sur leur trajet et interpellent les syndicats ainsi que les autorités compétentes. Faute de solution, certains menacent d’immobiliser leurs véhicules.
Réunis à la gare routière de Daka 2, dans la commune urbaine de Labé, les transporteurs ont fait part de leurs préoccupations avant de se rendre au siège du syndicat pour exposer leurs revendications.
Mamadou Gouraïssiyou Diallo, chauffeur, affirme que les montants déboursés aux différents postes de contrôle pèsent lourdement sur les transporteurs. «Nous rencontrons beaucoup de difficultés. Je vais commencer par chez nous, à partir de Popodara. C’est vrai que la brigade mobile est partout en Guinée, mais ce que nous traversons est difficile. Là où les autres paient 5 000 GNF, nous payons 20 000 GNF. Si vous quittez le Sénégal pour rejoindre la Guinée, à la première frontière, à Bhoundou Fourdou, un petit véhicule de transport en commun peut dépenser jusqu’à un million de francs guinéens avant d’arriver à Labé, entre les différents postes de contrôle. Un camion peut payer 100 000 GNF, alors qu’à nous, chauffeurs de transport en commun, on peut demander entre 500 000 et 600 000 GNF. » a t-il déploré.
Face à cette situation, le chauffeur sollicite l’intervention des autorités. « Les autorités ne sont pas là pour que nous souffrions. Elles sont là pour aider la population. Nous leur demandons donc de nous venir en aide, parce que nous souffrons sur la route », déclare Mamadou Gouraïssiyou Diallo.»
De son côté, Amadou Baillo estime que les difficultés ne se limitent pas au territoire guinéen. Selon lui, les chauffeurs sont confrontés à plusieurs contraintes sur l’axe reliant la Guinée au Sénégal et à la Gambie.
« La souffrance est la même à partir de Popodara, en passant par le Sénégal jusqu’en Gambie. Les dépenses sont énormes. Pour un enfant qui n’a pas d’autorisation, les agents peuvent vous faire payer 100 000 GNF. Si vous quittez le Sénégal pour la Guinée, même lorsque l’enfant dispose d’une autorisation parentale, certains agents en Guinée peuvent vous réclamer de l’argent en disant qu’il s’agit d’un document étranger. » dénonce t-il avant de déplorer le comportement qu’il attribue à certains services rencontrés sur le trajet. « Les agents appelés antidrogue, même si vous détenez une plaquette de paracétamol, peuvent vous faire payer entre 200 000 et 500 000 GNF. Les policiers nous fatiguent. Arrivés au Sénégal, les agents des services d’hygiène nous fatiguent également. Quels que soient les bagages que vous transportez, ils peuvent vous réclamer de l’argent. Même si vous êtes en transit pour la Gambie, si vous n’avez pas le papier d’autorisation, ils peuvent tout décharger et vous bloquer si vous ne payez pas. Nous demandons aux autorités de nous aider, à commencer par nos syndicats ».
Même constat chez Sadio Fogo, également chauffeur de transport en commun sur l’axe Labé–Sénégal. Il déplore particulièrement les sommes que les transporteurs disent devoir débourser aux différents points de contrôle.
« Nous sommes réunis pour exprimer les difficultés que nous rencontrons. Les gendarmes, les policiers, les douaniers et d’autres agents nous fatiguent sur la route. Nous demandons au syndicat de Labé d’informer ceux de Koundara afin qu’ils transmettent à leur tour nos préoccupations aux autres syndicats. Si vous quittez le Sénégal, arrivé à Manda, même si vous échangez 100 000 francs CFA en francs guinéens, cela ne suffira pas pour couvrir les frais de route. Tous les chauffeurs sont réunis ici. Sur l’axe Labé–Conakry, ils paient 5 000 GNF, alors pourquoi, sur l’axe Labé–Sénégal, devons-nous payer 20 000 GNF ? Arrivés à Bhoundou Fourdou, on peut vous demander jusqu’à 500 000 GNF. »
Selon lui, les passagers subissent également les conséquences de cette situation.
«« Au-delà de cela, les passagers souffrent. Avant, c’était seulement la police qui réclamait les cartes d’identité. Maintenant, même les gendarmes les réclament et, lorsqu’un passager n’en a pas, on lui fait payer de l’argent. Si vous avez une double nationalité, même lorsque vos documents sont conformes, on peut vous réclamer 500 000 GNF, voire un million de francs guinéens. Dans les conditions normales, si les documents sont conformes, on doit vous laisser passer », soutient Maître Sadio Fogo.»
Après avoir exprimé leur colère, les chauffeurs ont été reçus par des responsables syndicaux du secteur du transport et de la mécanique générale à Labé. Mamadou Ba Camara, chargé des conflits et des négociations à la CNTG de Labé, promet de transmettre leurs préoccupations à la hiérarchie.
« Les chauffeurs sont venus dans la discipline pour nous exprimer leurs inquiétudes, notamment les difficultés qu’ils rencontrent sur la route. Nous allons demander aux secrétaires généraux de Labé, Mali, Lélouma et Koundara de se mobiliser pour aider les chauffeurs. Nous allons transmettre leurs préoccupations à notre hiérarchie qui, à son tour, les transmettra à qui de droit », promet Mamadou Ba Camara.»
Déterminés à obtenir une réponse à leurs revendications, les chauffeurs affirment vouloir poursuivre leurs démarches par les voies légales. Ils préviennent toutefois qu’en l’absence de solution, ils pourraient décider d’immobiliser leurs véhicules.
Boubacar Garki Diallo Correspondant régional de Kalenews.org à Labé
