Le président de la République, Mamadi Doumbouya, a appelé la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à revoir son approche face aux crises politiques dans la sous-région. S’exprimant lors du 69e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation, tenu ce dimanche 19 à Freetown, en Sierra Leone, le chef de l’État a estimé que les sanctions infligées aux États membres ne constituent pas une réponse efficace.
Dans son intervention devant les dirigeants ouest-africains, Mamadi Doumbouya a dénoncé le recours fréquent aux sanctions, qu’il considère comme une mesure contre-productive.
« Les sanctions ne sont pas la solution », a-t-il déclaré, regrettant que « notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe, alors qu’elle devrait être le dernier recours ».
Le président guinéen a particulièrement insisté sur les conséquences de ces mesures pour les populations civiles. Selon lui, les sanctions affectent avant tout les citoyens les plus vulnérables, en limitant l’accès aux produits de première nécessité et aux services essentiels.
« Sans hypocrisie, l’expérience nous l’enseigne : la sanction frappe d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes sur les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elle prive les hôpitaux de médicaments de première nécessité. Elle vide les marchés des produits indispensables. Elle suscite et alimente les trafics en tous genres. Elle pénalise tout simplement les filles et les fils de la terre de nos ancêtres », a affirmé Mamadi Doumbouya, estimant qu’une communauté qui « appauvrit un peuple pour corriger un État » s’éloigne de sa mission fondatrice.
Le chef de l’État a également invoqué les valeurs africaines pour défendre une approche davantage fondée sur le dialogue et la solidarité. À ses yeux, la vision des pères fondateurs de la CEDEAO reposait avant tout sur la coopération et la prospérité commune, plutôt que sur des mécanismes punitifs.
« Nos traditions africaines n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant, encore moins l’idée de l’affamer ou de le combattre. La vision des pères fondateurs de notre communauté n’était ni punitive ni répressive. Elle reposait, avec une clarté que l’histoire n’a jamais démentie, sur la construction d’un espace de prospérité partagée », a-t-il souligné.
Mamadi Doumbouya a également plaidé pour un recentrage des priorités de l’organisation sous-régionale autour du développement économique, de l’investissement et de l’amélioration des conditions de vie des populations.
« La libre circulation des biens, des personnes et des idées devait rapprocher nos peuples plutôt que les isoler. Recentrons-nous sur l’essentiel. Faisons de l’économie, de l’investissement productif et du bien-être de nos populations le cœur battant de notre action commune. Une communauté forte n’est pas celle qui sait le mieux sanctionner ses membres, mais celle qui sait le mieux les faire prospérer ensemble », a conclu le président guinéen.
Mansaré Soumah Naby Moussa
