Loin du tumulte de nos grandes villes, nos terres reculées s’adaptent au rythme souverain de la nature. Les progrès scientifiques, techniques et technologiques refusent d’atteindre les territoires où la survie dépend d’une confrontation quotidienne avec le sol et le sous-sol.
Dans ces confins de la Guinée, l’État semble s’évanouir où le bitume s’arrête. Les citoyens de ces zones enclavées ignorent tout de l’administration: il n’y a ni l’école, ni l’hôpital, ni la route. Pas d’électricité, pas de télévision, encore moins le téléphone. Ils se contentent de leur énergie indomptable pour affronter la nature et transformer l’abandon en liberté.
Le quotidien des oubliés de la République.
Dans ces localités de second plan institutionnel, chaque jour est une lutte pour la survie. Chaque nuit aussi en est une pour s’éclairer. La table garnie de ces paysans doit tout à leur sueur et au ciel. Elle ne doit rien à la politique agricole du pays.
On y mange grâce à la seule générosité de la terre, sans tracteur, sans herbicide, sans engrais, sans soutien technique, sans insecticide. On y boit grâce à des montagnes qui recueillent l’eau du ciel en abondance, font couler ensuite en formant des grandes sources qui abreuvent ces villageois avant de traverser nos frontières pour aller combler les mêmes manquements dans les pays voisins.
Dans les angles morts de la République, là où l’administration oublie de poser ses pions, les patriarches et les chefs coutumiers imposent la volonté des traditions pour maintenir l’ordre social.
Si les habitants de ces territoires oubliés le voulaient vraiment, ils auraient pu créer leur propre République, former leur gouvernement, rédiger leurs textes de lois sans que l’État guinéen ne s’en aperçoive.
L’équité territoriale plaide pour que la dignité va au-delà des zones urbaines.
L’éloignement de ces localités ne signifie pas, zones de non-droit. L’État de droit doit se manifester sur l’ensemble de notre territoire, dans un esprit d’équité, d’égalité et de façon permanente; et pas uniquement pendant les échéances électorales.
En interpellant les nouvelles autorités sur cette question d’injustice territoriale, nous rappelons qu’une nation forte se construit en donnant la même chance d’émancipation à tous ses citoyens.
Les enfants de ces contrées méritent aussi le confort de leur époque: de l’eau potable à la santé, de la connectivité à l’éveil culturel.
Il est inconcevable qu’ils naissent au XXIè siècle mais vivent dans le Moyen-âge.
Écouter la voix impuissante de la Guinée profonde n’est pas une option, c’est une obligation morale et institutionnelle, non seulement pour le développement durable de notre pays et surtout pour le renforcement de l’unité nationale.
Mohamed Yarie Touré
