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Guinée : le professeur Maurice Zogblémou Togba s’est éteint, une figure majeure du droit constitutionnel disparaît

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La Guinée a perdu l’un de ses plus éminents juristes. Le professeur Maurice Zogblémou Togba, avocat, universitaire de renom, ancien garde des Sceaux et spécialiste du droit constitutionnel, est décédé à Conakry, laissant derrière lui une œuvre intellectuelle considérable et plusieurs générations de juristes formés à son école.

Avec sa disparition, c’est l’une des dernières grandes figures de la première génération des constitutionnalistes guinéens qui tire sa révérence. Pendant plusieurs décennies, son nom est resté associé à l’enseignement du droit public, à la réflexion constitutionnelle et aux grands débats institutionnels qui ont jalonné l’histoire politique du pays.

Un brillant parcours universitaire

Agrégé de droit public et de sciences politiques, Maurice Zogblémou Togba a effectué une partie importante de sa carrière universitaire en Côte d’Ivoire où il a enseigné le droit constitutionnel et les institutions politiques. Il faisait partie de cette génération d’intellectuels africains qui ont contribué à l’essor des facultés de droit de l’Afrique francophone à une époque où les spécialistes de haut niveau demeuraient peu nombreux.

De retour en Guinée dans les années 1990, il rejoint l’Université de Conakry où il devient rapidement l’une des références incontournables dans l’enseignement du droit constitutionnel, du droit public et des institutions politiques. Des milliers d’étudiants, magistrats, avocats, administrateurs civils et responsables politiques ont suivi ses enseignements au cours de plusieurs décennies.

Ministre de la Justice sous Sidya Touré

En 1996, alors que le président Lansana Conté nomme un gouvernement dirigé par Sidya Touré, Maurice Zogblémou Togba est appelé aux fonctions de ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Il apporte alors au département de la Justice son expertise juridique et sa connaissance approfondie des mécanismes institutionnels.

Son passage à la tête de ce ministère intervient dans une période importante de consolidation des institutions issues de l’ouverture démocratique amorcée au début des années 1990. Même si son expérience gouvernementale fut relativement brève, elle lui permit d’occuper une place singulière à la jonction du monde universitaire et de l’action publique.

Un des rares grands constitutionnalistes guinéens

Dans un pays où les études juridiques ont longtemps souffert d’un déficit de moyens et d’encadrement comparativement à des États comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin, Maurice Zogblémou Togba appartenait à un cercle particulièrement restreint de juristes de très haut niveau.

Aux côtés des professeurs Lamine Sidimé et Salif Sylla, il incarnait l’une des principales références nationales en matière de droit constitutionnel. Ses analyses étaient régulièrement sollicitées lors des crises institutionnelles, des débats électoraux et des réformes constitutionnelles.

Avocat, enseignant, conférencier et consultant, il a consacré l’essentiel de sa vie à l’étude de l’État, du droit et des institutions, devenant au fil des années une véritable mémoire juridique de la République.

Une influence qui dépassait le monde académique

Jusqu’à ces dernières années, le professeur Togba continuait d’intervenir dans le débat public. Ses prises de position sur la Cour constitutionnelle, les réformes institutionnelles ou encore l’élaboration d’une nouvelle Constitution étaient suivies avec attention par les acteurs politiques et les observateurs de la vie publique.

Son autorité intellectuelle reposait autant sur sa maîtrise du droit comparé que sur sa connaissance des réalités politiques africaines, acquise au contact des universités et des institutions de plusieurs pays du continent.

L’ombre du troisième mandat

Mais l’histoire retiendra également une page plus controversée de son parcours.

En 2019 et 2020, alors que le projet de nouvelle Constitution porté par le président Alpha Condé divisait profondément le pays, Maurice Zogblémou Togba avait publiquement soutenu l’initiative. Sa présence remarquée au siège du RPG Arc-en-ciel et son adhésion au projet constitutionnel avaient suscité de vives critiques dans les milieux universitaires et au sein d’une partie de l’opposition.

Pour ses détracteurs, l’autorité scientifique du constitutionnaliste avait été mise au service d’une entreprise politique destinée à contourner l’esprit de la limitation des mandats présidentiels. Le référendum constitutionnel de mars 2020 ouvrira effectivement la voie à une nouvelle candidature d’Alpha Condé, lui permettant de briguer puis d’obtenir un troisième mandat à l’issue d’un scrutin fortement contesté.

Ses partisans soutiennent au contraire qu’il s’était exprimé dans le cadre d’un débat juridique et constitutionnel légitime. Ses critiques estiment, eux, qu’il a contribué à fournir une caution intellectuelle à l’une des plus importantes crises politiques de la Guinée contemporaine.

Quoi qu’il en soit, cette controverse n’efface ni son immense apport à la formation des juristes guinéens ni sa place dans l’histoire de l’enseignement du droit en Guinée. Avec sa disparition, c’est une bibliothèque vivante du droit constitutionnel guinéen qui s’en va, emportant avec elle une partie de la mémoire juridique du pays.

Oumar Kateb Yacine Analyste Géopolitique
Contact: bahoumaryacine777@gmail.com

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