Journaliste :
Question 1:
Honorable Député, lors de la cérémonie inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale, il a été fait référence à une « première législature de la cinquième République ». Certains observateurs estiment qu’il s’agit d’une nouvelle numérotation. Quelle est votre lecture de cette question ?
Député :
Merci pour cette question qui touche à un aspect important de notre histoire institutionnelle. Il faut d’abord rappeler un principe fondamental en droit constitutionnel et en science politique : la notion de République et celle de législature ne répondent pas à la même logique.
Une République désigne une forme d’organisation politique de l’État définie par une Constitution. Une législature, quant à elle, désigne une période d’exercice d’un Parlement issu d’élections législatives, entre deux renouvellements de l’Assemblée nationale.
Par conséquent, le changement de République ou l’adoption d’une nouvelle Constitution ne signifie pas automatiquement que l’histoire parlementaire commence à zéro. Les institutions évoluent, mais elles s’inscrivent dans une continuité historique.
Journaliste
Question 2 :
Donc, selon vous, l’Assemblée nationale issue des dernières élections ne devrait pas être appelée « première législature » ?
Député :
Effectivement, il convient de distinguer deux approches.
Si l’on parle de l’histoire du Parlement guinéen dans sa continuité institutionnelle depuis l’indépendance, l’Assemblée nationale issue des dernières élections correspond à la dixième législature.
Les législatures précédentes font partie du patrimoine institutionnel de notre pays. Elles ont existé sous différentes périodes constitutionnelles et ont contribué à la construction de notre démocratie parlementaire.
On ne peut pas effacer les Assemblées qui ont précédé au seul motif qu’une nouvelle République est proclamée. Ce serait comme considérer qu’à chaque changement constitutionnel, un pays perd sa mémoire institutionnelle.
La naissance d’une nouvelle République peut justifier une nouvelle organisation politique, mais elle ne doit pas conduire à nier l’existence des législatures antérieures.
Journaliste
Question 3 :
Certains soutiennent pourtant que commencer une nouvelle République implique nécessairement de recommencer la numérotation parlementaire. Pourquoi cette interprétation vous paraît-elle discutable ?
Député :
Cette interprétation mérite d’être nuancée.
Le nombre de législatures n’est pas lié au nombre de Républiques. La France, par exemple est à sa XVII législature,le Sénégal est à sa XIV législature et pourtant ces États ont connu plusieurs Républiques tout en conservant une continuité dans leur histoire parlementaire avec des législatures successives.Le passage d’une République à une autre n’efface pas automatiquement les mandats parlementaires antérieurs.
En Guinée également, notre Parlement a une histoire qui commence bien avant cette nouvelle législature. Les différentes Assemblées nationales ont participé à la vie publique, au vote des lois et au contrôle de l’action gouvernementale et parfois à l’évaluation des politiques publiques.
Présenter l’actuelle Assemblée comme le point de départ absolu reviendrait à occulter plusieurs décennies d’expérience parlementaire guinéenne.
Il est donc important de préserver une lecture historique cohérente : nous sommes dans une nouvelle phase institutionnelle, mais nous demeurons dans la continuité de l’histoire parlementaire nationale. À ce titre, la législature actuelle s’inscrit dans la dixième législature de la République de Guinée.
Journaliste
Question 4:
Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens sur cette question ?
Député :
Mon message est simple : une nation se construit par la continuité et la transmission de son histoire. Reconnaître les législatures passées ne signifie pas nier la nouvelle République ; au contraire, c’est reconnaître le chemin parcouru par notre pays.
La nouvelle Assemblée nationale doit écrire une nouvelle page de notre histoire, mais elle doit le faire en respectant les pages précédentes. Une institution forte est une institution qui connaît son passé pour mieux préparer son avenir.
Interview réalisée par Bella Kamano
