Accueil GUINEE Féguifoot : une élection annoncée et soudain…la peur

Féguifoot : une élection annoncée et soudain…la peur

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Il aura fallu l’annonce, par le Secrétaire général de la Féguifoot, de la date de l’Assemblée générale extraordinaire et élective de l’instance dirigeante du football guinéen pour que les esprits commencent à s’échauffer littéralement pour des raisons que la Raison ignore.

Les déclarations, les soutiens et les prises de position se font aussi bien dans les médias classiques que sur les réseaux sociaux, ce en l’absence de candidatures officielles.  

Blogueurs, artistes, humoristes, membres statutaires, influenceurs, anciens ministres ou simples citoyens rivalisent de stratégies et d’imagination pour vanter les qualités de tel candidat supposé, ou dénoncer les ambitions de tel autre. Les bons et mauvais points sont distribués.

Pour beaucoup d’observateurs, s’il y a un camp qui se distingue par une agitation singulière, c’est bien celui de Mamadou Antonio Souaré, le patron du Horoya AC et ancien président de la Féguifoot, dont les proches semblent désormais décrire cette élection non plus comme une simple compétition démocratique, mais presque comme un rendez-vous avec le destin du football guinéen.

À écouter certains de ses soutiens, l’enjeu dépasserait largement le choix d’un nouveau Comité exécutif. Une défaite de leur champion prendrait presque les allures d’une catastrophe annoncée. Pour eux, il faudrait « sauver » le football guinéen en évitant qu’il ne tombe entre de « mauvaises mains », empêcher certaines candidatures, faire barrage à certains profils, mobiliser les autorités. Ils caressent même l’espoir de voir le président de la République intervenir dans un processus électoral qui devrait pourtant relever avant tout des textes et des membres statutaires de la Fédération.

À les entendre, une victoire d’un autre candidat ne constituerait donc pas simplement une alternance.

Le football guinéen serait au bord du précipice ; l’élection constituerait son ultime ligne de défense ; et un homme, ou presque, serait appelé à empêcher l’effondrement.

Cette élection annoncée ne conduira pas à la disparition de la Fédération, ni à la dissolution du championnat, ni à la sortie de la Guinée des compétitions internationales.

C’est une élection au cours de laquelle des candidats devraient présenter leurs projets, défendre leurs bilans, convaincre les membres statutaires et accepter leur verdict.

À observer certaines réactions, la nuance semble pourtant s’être perdue. Le ton est parfois si grave que l’on pourrait croire que le football guinéen joue sa survie à chaque bulletin glissé dans l’urne.

Ce qui devrait être une confrontation de programmes devient une bataille existentielle. Ce qui devrait être une possibilité d’alternance est présenté comme une menace. Ce qui devrait être le libre choix des membres statutaires semble devoir être précédé d’une vaste entreprise visant à expliquer qui aurait le droit moral de se présenter, qui devrait s’effacer et surtout qui serait seul capable de préserver le football national d’un avenir funeste.

La question que l’on serait tenté de se poser légitimement est de savoir pourquoi avoir autant peur d’une élection. Car plus les soutiens de Mamadou Antonio Souaré décrivent l’hypothèse de sa non-élection comme une menace pour le football guinéen, plus ils finissent paradoxalement par donner l’impression que le véritable danger serait… le vote lui-même.

Il est important de rappeler que Mamadou Antonio Souaré dispose d’arguments qu’il pourrait parfaitement faire valoir dans une compétition ouverte. Il a déjà dirigé la Féguifoot. Il connaît ses rouages, ses acteurs et ses membres statutaires. Il possède une longue expérience du football national et dirige le Horoya AC, club qui a occupé pendant des années le devant de la scène guinéenne et africaine. Un homme disposant d’un tel parcours devrait, en principe, pouvoir se présenter devant les électeurs avec sérénité.

Pourquoi donc cette atmosphère de mobilisation générale ?

Pourquoi cette impression qu’une candidature concurrente serait moins un adversaire à battre qu’une menace à neutraliser ?

Pourquoi certains soutiens semblent-ils vouloir transformer une élection fédérale en référendum sur la survie même du football guinéen ?

Et surtout : pourquoi faudrait-il « sauver » le football guinéen des conséquences d’un vote libre de ses propres membres statutaires ?C’est peut-être là que réside le véritable paradoxe de cette pré-campagne.

Lorsque l’on a connu une position dominante, lorsque l’on a déjà remporté une élection avec une adhésion presque unanime, on peut finir par considérer cette domination comme naturelle.

Mais lorsque surgissent des challengers crédibles, structurés et décidés à aller jusqu’au vote, le paysage change.

Si Antonio Souaré remporte cette élection dans le respect des textes, le football guinéen continuera.

Si un autre candidat la remporte dans les mêmes conditions, le football guinéen continuera également, les clubs joueront, les championnats se poursuivront, le Syli national disputera ses rencontres, les supporters continueront de débattre et la Fédération continuera d’exister.

La démocratie sportive n’est pas une catastrophe lorsqu’elle produit le résultat que l’on n’espérait pas. Elle n’est pas davantage une menace lorsqu’elle permet l’alternance. Et aucune personnalité, aussi expérimentée, influente ou méritante soit-elle, ne devrait être présentée comme l’unique rempart séparant le football guinéen du chaos.

Au fond, plutôt que de chercher qui devrait être empêché de concourir, qui devrait se retirer, qui serait suffisamment « légitime » ou qui aurait reçu une improbable mission historique de sauver le football national, la solution pourrait être infiniment plus simple : laisser les candidats se présenter, laisser les projets s’affronter, permettre qu’on examine les bilans. Et surtout, laisser les membres statutaires voter.

Après tout, si chacun est aussi certain de la solidité de son bilan, de son projet et de ses soutiens qu’il le proclame, personne ne devrait redouter les urnes.

À moins que, derrière les discours annonçant l’apocalypse en cas de défaite, ce ne soit précisément l’incertitude des urnes qui inquiète le plus.

Moussa Kempès CAMARA

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