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De l’école à la prison : le destin tragique d’un adolescent parti avec ses rêves (Par Mohamed Yarie Touré)

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« Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »
Souvenez-vous de cet aphorisme, à la fois engagé et idéaliste. Ce beau cri du cœur est attribué par certains à Victor Hugo, par d’autres à l’historien et l’homme politique britannique Thomas Macauley ou au Français Louis Jourdan.

Peu importe qui a prononcé ces mots pour la première fois. Je voudrais simplement que son auteur sache, où qu’il soit, qu’en Guinée, Mamadou Djouma Bah, âgé de 17 ans seulement, interpellé, jugé et condamné, puis incarcéré à la maison d’arrêt de Kindia, s’est éteint dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet 2026. Son seul crime ? Avoir fraudé à l’examen du baccalauréat !


« Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » Qui l’a dit ?

Dites-lui que pour Mamadou Djouma, les portes de l’école se sont fermées et celles de la prison se sont grand ouvertes.
Dites-lui que ce gamin a croupi environ deux semaines dans une geôle répugnante avant de s’éteindre, brisé, souillé et réduit à sa plus petite expression.
Dites-lui que chez-nous, en Guinée, sa belle formule a été cruellement piétinée.

Au nom des règles de dissuasion contre la fraude aux examens nationaux.

Nous avons l’habitude de voir confisquer les téléphones portables ou d’assister à l’élimination des candidats fraudeurs. Nous entendons souvent parler de la suspension des encadreurs pris en flagrant délit de complicité, ou au renvoie immédiat des surveillants indulgents. Même les coups de fouet humiliants dans les salles de classe ne semblent plus choquer personne.

Mais l’interpellation et la condamnation d’un mois de prison ferme de Mamadou Djouma Bah et de six autres candidats au baccalauréat, dont trois jeunes filles, par le tribunal de première instance de Kindia franchissent un nouveau seuil de rigueur. Et encore, l’usage du mot ‘’ rigueur ‘’ relève ici d’une politesse excessive. J’aurais pu dire,… !

Que s’est-il passé dans la tête du législateur pour que la lutte contre la fraude scolaire dépasse le cadre des sanctions disciplinaires et pédagogiques pour atteindre la sphère du traitement réservé à la criminalité ou à la délinquance à col blanc ?
Il ne s’agit pas ici de cautionner la fraude, mais de nous insurger contre l’aveuglement et la disproportion flagrante de la peine infligée à ses ados. Nous refusons de voir des enfants croupir dans les cellules sordides qui devraient, en toute justice, être réservées aux dilapidateurs des deniers publics.

La quête désespérée d’une excuse peut-elle conduire aux pires dérives ?

Face au naufrage, chacun cherche une échappatoire plutôt que de faire face aux conséquences de ses actes. À en croire au procureur près le tribunal de première instance de Kindia, Mamadou Djouma Bah souffrait déjà d’une santé fragile avant son incarcération.
« J’avais été informé de l’état de santé précaire de Mamadou Djouma. Il avait été conduit deux fois à l’hôpital régional de Kindia. Puisque ça n’allait pas, j’ai demandé au régisseur de le remettre à ses parents. Ses parents l’ont emmené chez son médecin traitant, et c’est entre les mains de ce dernier qu’il est décédé. Pas en prison. »
Le communiqué du Ministère de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, vient également pomper ce détail : « L’enfant est décédé dans les mains de son médecin traitant, après avoir été remis à ses parents. »

Qu’il soit mort sur un lit d’hôpital, derrière le barreau ou dans la maison de confort de ses parents, Mamadou Djouma Bah est mort avec le statut de prisonnier. À 17 ans. Pour une faute commise entre les bancs d’une école.
Les enfants, même dans leur insouciance la plus folle observent les adultes. Quel exemple leur donnons-nous aujourd’hui ?

Une nation ne devient forte que par la manière dont elle protège et éduque ses filles et ses fils, non par la brutalité avec laquelle elle les écrase au moindre faux pas.
Repose en paix, Mamadou Djouma.
Condoléances émues à la famille.
Et liberté immédiate pour les autres candidats encore détenus.

Mohamed Yarie Touré, auteur

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