Le 2 octobre 1958 éternise une date à la fois historique et emblématique pour la Guinée. Elle marque la rupture avec une ère et l’ouverture d’un nouveau chapitre, celui d’une nation déterminée à prendre plein bords possession de son destin. Soixante-huit ans plus tard, la commémoration de cette date devrait être l’opportunité de se réapproprier deux préceptes substantiels qu’elle dispense: l’unité dans la différence et l’exemplarité dans l’audace. Car , l’histoire d’une nation n’a de véritable utilité que lorsqu’elle constitue un solide tremplin pour bâtir le présent et mieux construire l’avenir.
Une nation ne devrait pas se contenter que de l’érudition historique; elle doit également savoir s’en servir. Celles qui ont su tirer profit de leur passé ont pu corriger leurs erreurs, consolider leurs acquis et anticiper les défis futurs. À l’inverse, celles qui se contentent de raconter leur histoire risquent de rester prisonnières de leurs souvenirs. En Guinée, l’anniversaire de l’indépendance doit donc dépasser le cadre des cérémonies et des réjouissances, pour devenir un véritable moment de réflexion collective sur le chemin parcouru depuis 1958.
Après 68 années d’indépendance, la question du bilan apparaît ainsi incontournable. Nul besoin de rappeler les immenses sacrifices consentis pour accéder à la souveraineté nationale. Et ils avaient pour finalité de permettre au peuple de Guinée d’améliorer ses conditions de vie et de construire une société fondée sur la dignité, la justice et le progrès. Dès lors, il convient d’interroger le bilan. Cet exercice constituera non seulement une nouvelle prise de responsabilité, mais aussi une manière d’honorer la mémoire de celles et ceux qui ont contribué, au prix de leur vie , à l’avènement de la Guinée indépendante. La meilleure louange aux pionniers de l’indépendance pourrait alors résider dans la capacité collective à faire de cette histoire un outil de progrès, d’unité et de construction nationale.
Depuis le 2 octobre 1958, la Guinée a tantôt touché le fonds sans y rester tantôt essayé ses larmes sans sécher son visage. Elle a traversé des périodes difficiles, des moments d’espoir, des avancées et des déceptions. Les régimes politiques se sont succédé ont chacun porté des politiques publiques dont les effets ont, selon les périodes et les domaines, été diversement appréciés. Aujourd’hui, l’enjeu n’est donc pas seulement de célébrer avec faste une indépendance acquise il y a 68 ans. Mais, de regarder lucidement le chemin parcouru, identifier les insuffisances et dégager les leçons nécessaires pour l’avenir. Car, continuer de faire de son histoire un simple souvenir, c’est renoncer d’en faire un véritable instrument au service du développement et du bien-être général .
Bella KAMANO, journaliste et politique
