Quels vaccins ont été soupçonnés d’effets secondaires graves avant ceux contre le Covid-19 (et qu’en est-il vraiment) ?

La méfiance grandissante des Français vis-à-vis de la vaccination repose notamment sur la crainte d’effets secondaires dont les études scientifiques montrent qu’ils sont rarissimes, et souvent sans rapport établi avec les vaccins incriminés.

On commence à le savoir : beaucoup de Français sont méfiants au sujet des vaccins contre le Covid-19, qui ont commencé à être administrés dans plusieurs autres pays, et de la vaccination en général. Une méfiance notamment nourrie par le souvenir de couacs lors de précédentes campagnes, mais aussi par des idées fausses sur les dangers des vaccins. Franceinfo revient sur les effets secondaires graves qui ont été attribués, souvent à tort, aux vaccins distribués en France, et sur l’attitude des autorités sanitaires.

Vaccins utilisant l’aluminium comme adjuvant

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? Une équipe de chercheurs français, dirigée par le neurologue Romain Gherardi, a émis en 1998 l’hypothèse que certains vaccins pouvaient entraîner des atteintes neurologiques, manifestées notamment par une fatigue chronique.

Un phénomène qu’ils attribuent à la petite dose d’aluminium contenue dans certains vaccins aujourd’hui obligatoires comme le DTPolio et le vaccin contre l’hépatite B (parfois réunis en une seule injection) et d’autres qui ne le sont pas, comme le vaccin contre les infections à papillomavirus humain. Ce métal y est utilisé comme adjuvant – un complément nécessaire pour encourager la réaction immunitaire.

Selon ces chercheurs, les particules d’aluminium peuvent subsister à l’intérieur du muscle où elles sont injectées, et former ce qu’ils appellent une myofasciite à macrophages – des lésions musculaires infiltrées par des cellules du système immunitaire. Une présence qui devient problématique chez certains sujets présentant des prédispositions génétiques qui permettent, affirment ces chercheurs, aux particules d’aluminium de migrer depuis le muscle jusqu’au cerveau.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) indique sur son site avoir reçu 515 déclarations de cas “confirmés” de myofasciites à macrophages entre 2002 et 2017. 

Le lien avec ces vaccins est-il établi ? “L’association de cette lésion avec l’aluminium utilisé comme adjuvant dans les vaccins est reconnue”, explique l’ANSM. Mais si le lien entre le vaccin et la présence d’aluminium au point d’injection fait consensus, le fait qu’il puisse causer des symptômes, en revanche, est extrêmement débattu. “De manière extrêmement majoritaire, la communauté scientifique internationale a réfuté cette hypothèse”, concluait notamment l’Académie nationale de pharmacie dans un rapport sur le sujet, en 2016.

Celui-ci relève notamment que les cas signalés l’ont été de façon très irrégulière dans le temps, et principalement en France, alors que de nombreux pays utilisent des vaccins contenant de l’aluminium. Il pointe aussi le manque d’études sur le sujet. L’année suivante, l’équipe de Romain Gherardi a publié des résultats montrant des effets neurologiques de l’aluminium, mais sur des souris. Le chercheur disait alors manquer de financements publics pour poursuivre son travail.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat a rendu plusieurs arrêts favorables aux demandes d’indemnisation de plusieurs personnes se disant victimes de myofasciites à macrophages à la suite de vaccinations obligatoires. Mais cette reconnaissance juridique n’équivaut pas à la confirmation d’un lien entre le vaccin et leur pathologie.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? Le rapport de l’Académie nationale de pharmacie en 2016 est le travail le plus récent sur lequel se base l’ANSM, qui en tire comme conclusion que “le rapport bénéfice/risques des vaccins contenant des adjuvants aluminiques [reste] positif”, et plusieurs d’entre eux font partie des huit vaccins rendus obligatoires depuis le 1er janvier 2018. Au niveau international, des études sont en cours pour trouver de nouveaux adjuvants.

Vaccins contre l’hépatite B

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? Les vaccins contre l’hépatite B, qui utilisent l’aluminium comme adjuvant, ont fait l’objet d’une controverse antérieur, au début des années 1990, quand la France a lancé une vaste campagne de vaccination contre cette maladie, notamment en milieu scolaire. Parallèlement, les signalements d’atteintes neurologiques ultérieures à des vaccinations, et notamment de scléroses en plaque, se sont multipliés.

Ce vaccin est également le plus souvent mis en cause concernant le risque de myofasciites à macrophages, puisqu’il représente deux-tiers des signalements selon l’ANSM, et que le pic de début des signes cliniques recensés suit cette campagne de vaccination.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? Non, et une coïncidence n’est pas à exclure. La campagne de vaccination a touché une tranche d’âge, les adolescents et jeunes adultes, qui est celle où se déclare habituellement la sclérose en plaques. Les vaccins ont-ils causé la maladie, ou les malades sont-ils simplement plus nombreux à avoir été vaccinés ? Le fait que les deux tendances soient observées au même moment n’est en tout cas pas une preuve suffisante.

En 2011, la Commission nationale de pharmacovigilance de l’ANSM concluait que “les résultats de plus d’une dizaine d’études pharmaco-épidémiologiques nationales ou internationales [n’ont] pas permis de démontrer l’existence d’une association significative entre le risque de survenue d’affections démyélinisantes centrales et la vaccination contre l’hépatite B.”

En 2013, un article scientifique (en anglais) passant en revue les connaissances relevait que, sur douze études sur le sujet, une seule avait mis en avant une “augmentation significative” du risque de sclérose en plaques dans les trois ans suivant l’injection. L’article concluait qu’il n’était pas nécessaire de modifier les consignes de vaccination, mais que des études de meilleure qualité seraient utiles.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? Face aux inquiétudes, la campagne de vaccination dans les écoles a été stoppée en 1998. Mais le suivi mis en place par la suite n’a pas prouvé de lien. En 2018, la vaccination contre l’hépatite B, jusque-là recommandée, est devenue obligatoire pour les jeunes enfants, qui n’ont de toute façon jamais été concernés par les soupçons d’effets secondaires graves.

Vaccins contre le papillomavirus humain

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? Cet autre vaccin à adjuvant aluminique, autorisé en Europe depuis 2006, a lui d’abord fait l’objet d’un signalement au Danemark, en 2011. Des médecins constatent des cas de pertes de connaissance, de fatigues chroniques ou encore de douleurs musculaires chez des jeunes filles qui viennent d’être vaccinées contre ce virus notamment responsable de cas de cancer de l’utérus, raconte la journaliste Lise Barnéoud dans le livre Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins (Premier Parallèle, 2017).

Dans un rapport (en anglais) de 2015, l’Agence européenne des médicaments indique avoir reçu du Danemark 363 signalements d’effets secondaires graves liés aux vaccins contre le papillomavirus humain (HPV), pour plus d’1,6 million de doses vendues dans le pays. En France, deux ans plus tôt, l’ANSM faisait état dans un document de 435 signalements, dont 15 cas de sclérose en plaques et 120 autres maladies auto-immunes, sur plus de 5 millions de doses distribuées.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? En 2015, un rapport de cette même ANSM sur le Gardasil, le plus utilisé en France des vaccins contre le HPV, n’a pas relevé “d’augmentation globale” du risque de maladie auto-immune chez les personnes vaccinées, après un suivi de 2 millions d’adolescents sur 5 ans. Par contre, elle a mis en lumière une “association” entre la vaccination et la survenue de deux de ces pathologies : les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, pour lesquelles les auteurs estiment “probable” qu’il y ait une autre explication, et le syndrome de Guillain-Barré, où la corrélation est jugée plus solide, mais sans qu’un lien de causalité soit établi avec certitude.

En France, plusieurs plaintes avaient par ailleurs été déposées à partir de 2013 au sujet du Gardasil, commercialisé par Merck. L’une des plaignantes s’était même vue reconnaître par la Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux d’Aquitaine un “lien de causalité” entre l’injection et sa pathologie – sans que cela n’équivaille à une preuve scientifique. L’enquête s’est finalement terminée par un non-lieu, en 2019.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? Ce vaccin ne fait pas partie de ceux qui sont devenus obligatoires en 2018. Mais il est toujours recommandé en France, et la Haute Autorité de santé (HAS) a même élargi cette recommandation aux jeunes garçons.

Vaccins Rougeole Oreillons Rubéole (ROR)

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? D’une étude publiée en 1998 par la prestigieuse revue scientifique The Lancet. Le gastro-entérologue britannique Andrew Wakefield et ses co-auteurs y suggèrent un lien entre le vaccin, des pathologies gastriques et l’autisme, en se basant sur le cas de 12 enfants – les parents de 8 d’entre-eux affirmant que les symptômes ont débuté après une vaccination.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? Non. Aucune des études menées depuis n’a montré de lien entre la vaccination et le risque de développer une forme d’autisme. Et le travail d’Andrew Wakefield a été largement discrédité depuis. The Lancet a partiellement rétracté l’article en 2004, puis totalement en 2010, après une série de révélations : plusieurs enquêtes du journaliste Brian Deer ont montré qu’Andrew Wakefield avait reçu de l’argent de plusieurs parents cités dans l’étude, qui cherchaient des preuves en vue d’une plainte contre les fabricants de vaccins, que des données de l’étude avaient été manipulées, et qu’il avait tenté de déposer un brevet pour un vaccin concurrent. Andrew Wakefield a été radié par l’ordre des médecins britannique.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? La vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, déjà recommandée, est devenue obligatoire en France depuis le 1er janvier 2018.

Vaccins contre le H1N1

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? En 2010, la Finlande et la Suède alertent les autorités sanitaires européennes de cas de narcolépsie – une maladie neurologique provoquant des endormissements soudains – chez des personnes vaccinées contre le H1N1 avec le Pandemrix. Seul vaccin utilisé dans ces deux pays, il est aussi le plus utilisé en France. En 2013, un point d’information de l’ANSM relevait 61 cas de narcolépsie consécutifs à une vaccination contre le H1N1.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? “Les données actuellement disponibles confirment l’existence d’un risque chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte jeune”, écrivait l’ANSM en 2013, se basant sur des observations en France, en Suède et en Finlande. Un risque cependant faible, les 61 cas français étant par exemple à rapporter aux 5,7 millions de personnes vaccinées en France, dont 4,1 millions avec le Pandemrix. Certaines de ces victimes ont été indemnisées par la justice. 

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? L’Agence européenne des médicaments (EMA) avait modifié le résumé des caractéristiques du Pandemrix, pour mentionner le risque de narcolepsie et réserver son utilisation à certains cas très particuliers, en cas de nouvelle pandémie de H1N1 et de pénurie d’alternatives. En 2016, son autorisation de mise sur le marché a expiré et son fabricant, GlaxoSmithKline, n’a pas demandé son renouvellement. Il est donc aujourd’hui interdit.

Vaccins contre les rotavirus

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? Les deux vaccins contre le rotavirus commercialisés en France le sont depuis 2006 et 2007. Pris sous forme orale, ils ont pour fonction de prévenir des problèmes gastriques potentiellement dangereux pour les nourrissons. Mais en 2012 et en 2014, deux bébés récemment vaccinés meurent après des invaginations intestinales aiguës, qui provoquent des occlusions intestinales.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? Pas avec certitude. En revanche, l’ANSM indiquait en 2015 avoir été alertée, sur les trois années précédentes, de “47 cas d’invaginations intestinales aiguës, survenues dans le mois suivant la vaccination, (…) dont quelques-uns d’évolution fatale”, et les décrit comme un “effet indésirable” du vaccin. Il n’y a, en revanche, eu que 7 nouveaux cas signalés à l’agence entre 2014 et 2017.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? Une surveillance renforcée a été lancée par l’ANSM en 2012, ce qui n’a pas empêché le vaccin d’être recommandé l’année suivante par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Mais en 2015, cette recommandation est suspendue par cette même instance : “La notification d’effets indésirables graves y compris ayant pu entraîner la mort (…) conduit le HCSP à reconsidérer sa position relative à cette vaccination.” Si le vaccin n’est pas pour autant interdit, l’Assurance maladie, appelée à se prononcer sur son remboursement, l’a refusé. Et les médecins sont désormais invités à alerter les familles souhaitant vacciner leur enfant du risque d’invaginations intestinales aiguës et des manifestations – “crises douloureuses abdominales avec pâleur, vomissements, selles sanglantes, rectorragies” – qui nécessitent une prise en charge rapide.

Vaccin contre la dengue

D’où viennent les soupçons d’effets secondaires ? Cette fois, ce n’est pas en France qu’ils ont été recensés. En 2016, le Dengvaxia, premier vaccin contre le virus de la dengue, avait été lancé par Sanofi. Mais l’année suivante, le fabricant a annoncé que de nouvelles études montraient qu’il avait un effet inattendu sur les personnes n’ayant jamais eu la dengue auparavant : au lieu de les immuniser, il aggravait la gravité de l’infection. Un problème découvert alors que le vaccin avait été autorisé dans plusieurs pays, et qu’une campagne de vaccination massive avait notamment été lancée aux Philippines.

Le lien avec ce vaccin est-il établi ? Il apparaît dans les données du fabricant lui-même. L’OMS, notamment, en déduit (en anglais) que “le risque d’hospitalisations et de formes sévères de dengue augmente significativement parmi les personnes vaccinées qui étaient séronégatives à la dengue au moment de la première vaccination”.

Quelles décisions ont pris les autorités sanitaires ? En Europe, le Dengvaxia a malgré tout été autorisé, en 2018, mais uniquement pour les personnes âgées de 9 à 45 ans, ayant déjà été touchées par le virus, et vivant dans une région où il est endémique. Ce qui suit les recommandations de l’OMS, mises à jour après le fiasco, qui conseillent désormais de pratiquer un test de dépistage avant la vaccination.

En France, la HAS a choisi en 2019 de ne pas recommander son utilisation à La Réunion, le justifiant par une présence trop faible de la dengue et des doutes sur la fiabilité des tests de diagnostic. Elle ne s’est pas encore prononcée concernant la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et Mayotte, autres territoires français qui pourraient être concernés.

Avec Francetvinfo

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