Pour décrisper le climat: «Il faut voter une loi d’amnistie », dixit Me Mohamed Traoré

Le premier a tout simplement eu le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment. Il a été arrêté en effet en même temps que Souleymane Condé qui était déjà dans la ligne de mire de la police. C’était sa seule faute. Il a été condamné à la même peine que Souleymane Condé c’est-à-dire à un an de prison. Il avait déjà purgé la presque totalité de sa peine. En réalité, il a été plutôt victime d’une injustice. Il n’avait pas besoin de demander pardon pour être libre.

Au contraire, si le tribunal qui l’a jugé avait été courageux, il l’aurait simplement relaxé et l’État l’aurait peut-être indemnisé pour détention provisoire abusive.

Il en est de même de Boubacar Diallo dit Grenade. Il a été jugé et condamné sans preuve. Le tribunal devait tout simplement l’acquitter. Il n’avait donc pas besoin d’une grâce présidentielle.

Un juge n’a pas à dire » je vais condamner ; il y aura une grâce présidentielle après ». Il doit absolument libérer s’il n’y a de preuve de la culpabilité ou s’il subsiste le moindre doute sur la culpabilité.

Lorsque des détenus comme Dioubaté et Diallo en viennent à demander pardon pour obtenir une grâce, il est aisé de comprendre que c’est parce qu’ils n’ont plus aucun espoir. Cela n’a absolument rien à voir avec une culpabilité. La justice ayant failli, leur seule bouée de sauvetage, c’était la grâce présidentielle dont ils ne connaissent même pas les effets juridiques.

Souleymane Condé et Youssouf Dioubaté avaient presque purgé la totalité de leur peine. Quelle est l’utilité d’une grâce présidentielle en ce qui les concerne ?

Si la grâce présidentielle était intervenue en janvier, elle aurait pu encore avoir un sens puisque la lettre par laquelle ils ont imploré le pardon de qui de droit date justement de janvier. Mais à deux mois et quelques jours de l’expiration de leur peine, une grâce présidentielle n’a pas de sens.

Tout cela prouve que cette cascade de grâces n’est qu’une simple mise en scène destinée à la consommation des crédules.

S’il y a une volonté réelle de décrisper le climat politique et d’instaurer un dialogue sincère, la meilleure voie serait de faire voter une loi d’amnistie qui couvre tous les actes et faits qualifiés de violences pré-électorales, électorales et post-électorales. Ce serait un geste très fort, plus fort que tous les discours.

Certains diront que ce serait une manière d’encourager l’impunité. Mais outre le fait que des proches du pouvoir ont toujours bénéficié de l’impunité la plus totale, la paix n’a pas de prix. En plus, la Guinée ne serait pas le premier pays à amnistier des faits délictueux dans le souci d’une réconciliation ou tout au moins le dégel du climat politique.

Me Maître Mohamed Traoré

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