Parcours/Justice: A 25 ans Biwon Milimono réalise son rêve d’enfance, être magistrat

Biwon Milimono, a réalisé son rêve d’enfance. Dans un décret lu à la télévision nationale ce jeudi 17 septembre 2020, ce jeune âgé de 25 ans  a été nommé représentant du ministère public dans la préfecture de Forecariah. Il devient ainsi le plus jeune magistrat de la Guinée.

 Né le 19 septembre 1993  au Camp Boiro, à Conakry, Biwon Milimono a  un parcours inspirant. Ce fils de militaire est l’unique garçon  d’une famille de 4  enfants vivants sur 9. Une situation mélancolique devenue certes pour lui une source de motivation.

Sa passion pour le monde de  la justice l’a amené à faire des études de droit après avoir décroché son baccalauréat en 2012 au  lycée Bambo de Guéckedou.

« Depuis très longtemps, le droit a été pour moi une passion. Mon papa a été pendant un moment régisseur. Avec lui, j’étais toujours en contact avec des prisonniers, des magistrats. Un jour, je lui dis : Papa je veux être magistrat. En réponse,  il me dit : Si tu veux être magistrat comme déjà tu es au collège,  il faut commencer à maitriser certaines  matières comme ECM (Education Civique et Morale), Français…»,  m’a conseillé mon père.

Orienté dans une université privée à Conakry, des difficultés financières composaient  régulièrement le quotidien du jeune étudiant, au point de vouloir  abandonner  son rêve d’enfance, mais il n’a pas flanché :

« J’ai quitté Guéckedou avec un petit sac à main. Mon papa m’a donné juste quelques sous pouvant me permettre d’avoir le transport et payer les frais d’inscription. Quand j’ai commencé les études, un jour j’ai appelé mon papa pour lui dire que je ne peux plus tenir. Il dit pourquoi ? Je dis non seulement les études sont difficiles mais aussi et surtout tout est cher à Conakry. Il dit : fils moi j’ai déjà eu mon avenir. Si tu sais que tu dois construire ton avenir, reste là-bas et bats-toi, mais si tu sais que tu ne peux pas construire ton avenir, tu veux dépendre de moi, prends ton sac, tu viens. De là,  je me suis dit qu’il a raison. Il a bâti son avenir,  il faut que je bâtisse aussi le mien. Alors, dès la licence 1,  j’ai commencé à donner les cours à domicile, dans des  lycées et même partir dans les chantiers comme manœuvre pour pouvoir me prendre en charge pour le transport  et l’achat des brochures», témoigne-t-il.

A cause de sa présence régulière et permanente à l’université, les camarades de Biwon ont fini par le surnommer  ‘’l’homme du campus’’ :

 «Après les cours à 14h ou 16h, je n’allais pas directement à la maison, je restais pour comprendre ce que le professeur a dispensé et quelles sont les informations complémentaires que je pouvais ajouter. C’est pourquoi, mes amis ont commencé à m’appeler l’homme du Campus. En plus, Je me battais pour avoir la plus haute note dans toutes les matières », explique-t-il en justifiant son sobriquet (rire).

Comme le dit l’adage, « C’est l’effort qui fait les forts », Millimono termine son cycle universitaire en 2015. Il est gratifié d’un diplôme d’honneur  avant d’être homologué par le fondateur au sein de l’université (Kofi Annan). Ce qui pour lui n’est pas un fait de hasard.

« J’ai été major de ma promotion en carrière judiciaire avec une grande fierté parce que c’est le résultat de mes nuits blanches, et le fondateur a décidé de me faire homologuer au sein de son université pour dispenser les cours de travaux dirigés. Au fur et à mesure, j’assistais les professeurs et aujourd’hui je suis titulaire de beaucoup de cours dans des universités de la place», dit-il avant de faire comprendre : « Actuellement je suis également formateur au centre de formation judiciaire ».

Le courage et la persévérance ont fini par approcher  l’homme de son rêve d’enfance. En 2017,  il a été 3ème de la république au concours de la magistrature avec des compliments élogieux du jury.

 « Je ne voulais même pas déposer mes dossiers parce que, vous le savez mieux que moi, un très bon guinéen aurait pensé que tout est déjà fini à la base. Mais quelqu’un m’a dit constitue tes dossiers, va les déposer et laisse le reste entre les mains de Dieu.

Il y a eu 1000 postulants, 724  candidats pour 50 admis pour ce concours. Figurez-vous,  la magistrature est l’une des  professions les plus convoitées de nos jours. Lorsque j’ai passé le test oral, ma question était axée sur la personnalité juridique et les moyens d’identification de la personne physique. Après avoir fait ma prestation orale en 9 minutes parce que c’était 10 minutes, les membres du jury m’ont dit de me lever et de me présenter à nouveau en me demandant si j’ai étudié en Guinée», raconte Millimono en parlant de sa participation à ce concours.

Pour le jeune magistrat, le courage, l’humilité et l’objectivité constituent le secret de la réussite. D’où son appel à l’endroit d’autres jeunes :   «L’appel que je lance aux jeunes est de leur dire que naitre, grandir et réussir en Guinée est possible. Mais cela aussi n’est possible que lorsqu’on accepte de renoncer à certaines choses pour s’atteler à l’essentiel. Si on est toujours dans la logique de plaire aux autres en ignorant d’apprendre, on finira par se retrouver dans un lieu où on n’a pas envie d’arriver ».

Le nouveau substitut du procureur de la république dans la préfecture de  Forecariah ne compte pas s’arrêter dans les juridictions nationales, il compte être un jour à la Cour pénale Internationale (CPI).

Ibrahima Kalil Camara 666 82 26 57

In the news
Load More
%d blogueurs aiment cette page :