Mali : pourquoi le M5 et l’imam Dicko ne sont pas vraiment réconciliés

Le 31 mai, le porte-parole du M5-RFP a présenté ses excuses à Mahmoud Dicko. Une « initiative personnelle » selon de nombreux leaders du mouvement, qui s’en désolidarisent. Explications.

Depuis plusieurs mois, les relations étaient tendues entre les membres du M5-RFP et leur ancienne autorité morale, Mahmoud Dicko, accusé par certains d’avoir pris ses distances à leur égard, voire d’être personnellement responsable de leur mise à l’écart de la transition. Mais le 31 mai dernier, une délégation conduite par Jeamille Bittar, porte-parole du mouvement, est venue présenter des excuses au religieux devant les caméras.

Une démarche qui n’a pas été du goût de nombreux cadres du M5. Rapidement, des voix se sont élevées au sein même du mouvement pour se dissocier de cette démarche.

« Le comité stratégique n’a mandaté personne »

« Sachez que le comité stratégique du M5-RFP n’a mandaté personne pour aller solliciter Dicko, encore moins pour lui demander pardon ou pour lui offrir d’être le parrain du rassemblement du 4 juin [premier anniversaire du mouvement]. Pourquoi avoir pris une telle initiative en sachant parfaitement qu’elle mettrait très à mal l’unité du M5 et dans quel but ? » s’est emporté l’ancien ministre Konimba Sidibé, membre du mouvement.

Entouré de plusieurs représentants de la jeunesse du M5, dont certains membres du comité stratégique, Jeamille Bittar revendique pourtant une initiative « prise par le comité ». Pour justifier sa démarche, le président du parti MC-ATT fait valoir un communiqué datant du 31 mai signé par le président du comité stratégique, Choguel Maïga, invitant à « aller vers toutes les forces vives et les personnalités civiles, religieuses et traditionnelles de notre pays » pour célébrer le premier anniversaire de la naissance du mouvement.

Aucune réconciliation possible ?

« Il était convenu qu’on aille vers toutes les forces politiques et sociales, mais l’imam Dicko et Issa Kaou Djim [quatrième vice-président du Conseil national de transition] constituent un cas particulier, car ils ont quitté le mouvement. Il y avait des préalables à régler, il n’a jamais été question au sein du comité stratégique d’envoyer une délégation le jour même. Jeamille Bittar, qui a une sensibilité particulière à l’endroit de l’imam Dicko, a pris une initiative personnelle », rectifie Ibrahim Ikassa Maïga, coordinateur national du M5.

Une version corroborée par plusieurs membres du comité stratégique interrogés par Jeune Afrique, qui assurent que le M5 n’a pas à demander pardon à son ancienne autorité morale. Certains cadres du mouvement dénoncent même une instrumentalisation de la visite par l’équipe de communication du religieux. « Si les jeunes ont demandé pardon à l’imam pour leurs propos sur les réseaux sociaux, le M5 lui, n’avait pas à demander pardon », insiste Ibrahim Ikassa Maïga.

Alors que Mahmoud Dicko a appelé ses partisans à participer au rassemblement du 4 juin, un cadre du mouvement, figurant parmi les premiers à avoir dénoncé la « trahison » de l’imam lors de la prise de pouvoir des militaires, estime qu’il « pourrait être mal accueilli s’il décide d’y participer. Entre le M5 et lui, il n’y a aucune possibilité de réconciliation ».

Avec Jeuneafrique.com

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