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Lettre Ouverte à Madame la Ministre de la Santé et de l’hygiène Publique (Dr Karamo Kaba)

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Excellence Madame la Ministre Khaïté SALL.

Je souhaiterais respectueusement attirer votre attention sur un constat préoccupant : les réseaux de vente de médicaments falsifiés et illicites semblent progressivement refaire surface. Cette situation appelle un renforcement immédiat et coordonné du dispositif national de lutte, afin d’éviter la reconstitution de réseaux structurés et leur implantation durable dans le circuit du médicament.

Il y a encore quelques années, une importante opération multisectorielle avait permis de fortement réduire l’activité du principal foyer d’approvisionnement de médicaments illicites à Madina, qui alimentait de nombreux points de vente clandestins à travers le pays.

Cette action avait démontré qu’une lutte coordonnée, associant les services de santé, les forces de sécurité, les autorités administratives et les acteurs du secteur pharmaceutique, pouvait produire des résultats significatifs.

Cependant, les réseaux ont progressivement adapté leurs méthodes. Ils ne disparaissent pas nécessairement : ils se déplacent, se fragmentent et cherchent à s’insérer dans des circuits plus difficiles à contrôler. Certains opérateurs utilisent désormais des stratégies de contournement, notamment en s’appuyant sur des intermédiaires, des points de vente informels…

Ils utilisent aussi des préparateurs en pharmacie ou de faux diplômes en pour ouvrir des points de vente afin de faciliter l’écoulement de médicaments hors du circuit légal. Ces pratiques doivent être sanctionnées sans état d’âme.

Le phénomène concerne également certains vendeurs informels installés aux abords des axes routiers, dans les zones frontalières et jusque dans certains coins de Conakry. Or, du point de vue de la santé publique, la circulation de médicaments falsifiés, de qualité inférieure ou conservés dans de mauvaises conditions expose la population à des risques majeurs : échec thérapeutique, toxicité, résistances antimicrobiennes….

Pour mieux répondre à cette menace, Madame la Ministre, je me permets de soumettre quelques propositions :

1-Moderniser et renforcer la Pharmacie Centrale de Guinée : Il est indispensable aujourd’hui de renforcer les capacités d’approvisionnement, de stockage, de distribution et de traçabilité de la Pharmacie Centrale de Guinée, mais également les compétences de son personnel.

La Pharmacie Centrale doit devenir un véritable outil stratégique de souveraineté sanitaire, capable de garantir une disponibilité régulière des médicaments essentiels et génériques de qualité dans les établissements publics.

Cela passe notamment par la digitalisation de pointe de la chaîne d’approvisionnement, la traçabilité des produits, l’amélioration de la prévision des besoins, la maîtrise des stocks, la réduction des ruptures et des péremptions, ainsi qu’un système performant de suivi et d’évaluation pour amortir les dettes de l’institution.

En tant que structure ayant aussi une vocation commerciale, la PCG doit également rechercher davantage de performance économique, de transparence et d’efficience, tout en restant pleinement orientée vers sa mission de santé publique.

2-Remobiliser et professionnaliser davantage les forces engagées dans la lutte : Les différentes structures déjà impliquées doivent être remobilisées autour d’un plan opérationnel national actualisé, fondé sur le renseignement viscéral et la surveillance des circuits d’approvisionnement.

Je trouve encore pertinent de renforcer les contrôles ciblés aux frontières ( Sierra Leone, Liberia, Mali ), dans les marchés à risque, les dépôts, les points de vente informels et les circuits de distribution, tout en développant des mécanismes permettant de remonter rapidement les signalements.

La lutte ne doit plus seulement consister à saisir des produits illicites : elle doit permettre d’identifier les sources d’approvisionnement, les intermédiaires, les financiers et les réseaux de distribution, afin de traiter le problème à sa racine.

3-Garantir l’application effective de la décision relative aux agréments des officines.

Madame la Ministre, votre récente décision permettant de faciliter la signature des agréments pour les pharmaciens remplissant les conditions réglementaires constitue une avancée importante ( deux ans d’expérience pour les pharmaciens qui veulent s’installer à l’intérieur du pays ).

Mais, des dossiers déposés depuis plusieurs années sont encore en attente au niveau de l’administration. Cette lenteur administrative constitue un véritable obstacle à l’installation des professionnels légalement qualifiés et peut, indirectement, favoriser l’extension des circuits informels.

Il est donc fondamental de mettre en place un mécanisme transparent, traçable et équitable de traitement des dossiers, avec des critères clairement définis, des délais raisonnables et un système permettant aux demandeurs de connaître l’état d’avancement de leur dossier.

L’attribution des agréments doit être fondée exclusivement sur les critères prévus par la réglementation. Aucun clientélisme, favoritisme ou passe-droit ne devrait pouvoir s’y substituer.

Comme l’a rappelé le Chef de l’État, l’action publique doit être guidée par l’équité, la rigueur et l’intérêt général.

Madame la Ministre,

Les cartels de médicaments illicites constituent une menace particulière parce qu’ils évoluent rapidement, recherchent constamment de nouveaux canaux et profitent des failles du système.

Il faut donc passer d’une logique essentiellement répressive à une stratégie intégrée de lutte contre le médicament falsifié et le commerce pharmaceutique illicite, combinant réglementation, contrôle, renseignement, traçabilité, disponibilité des médicaments essentiels, sensibilisation de la population et sanctions judiciaires.

La lutte contre les faux médicaments ne doit pas être une opération simple. Elle doit devenir une politique publique permanente, structurée, évaluée et pilotée au plus haut niveau.

Si les moyens humains, techniques et institutionnels sont correctement coordonnés, notre pays peut durablement réduire l’emprise de ces réseaux et renforcer la confiance des populations dans son système pharmaceutique.

En consolidant la Pharmacie Centrale, en assainissant le circuit légal du médicament, en accélérant les procédures administratives et en renforçant la lutte contre les réseaux clandestins, vous contribuerez directement à protéger la santé de nos populations et à faire de la politique pharmaceutique un véritable instrument de souveraineté sanitaire.

C’est aussi une manière concrète de soutenir la vision de Son Excellence, le Président Mamadi Doumbouya et de servir efficacement la République.

Dr Karamo KABA
Pharmacien | Spécialiste en Gestion des Services de Santé | MBA en Management des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques | Enseignant | Auteur

Tatakaba66@gmail.com

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