« La transition de la dernière chance ? »(Mamoudou Montesquieu Diakité)

La chute du régime Alpha Condé est consommé et nous l’avons validé (de nos par notre silence collective, de nos acclamations et bains de foule), maintenant réfléchissons sur la marche à suivre.

Rappelons que dans l’histoire de l’humanité, les modes de conquête du pouvoir ont évolué en fonction des sociétés et cultures. Et au moment où en est notre pays, la prise du pouvoir par les armes est considérée comme une anomalie, mais à un moment donné et là encore ce n’est pas une exclusivité guinéenne ou africaine, des hommes souvent en armes provoquent la rupture, partant d’un constat général d’échec pour poser des nouvelles bases.

Quand le peuple est martyrisé par ses dirigeants, il n y a que des moyens illégaux mais légitimes de changer les choses (révolution, putsch, soulèvement populaire,…). Le peuple n’est pas armé et heureusement, seule l’armée a les moyens coercitifs de renverser la table.

Je suis de ceux qui pensent qu’au point où en était notre pays, une alternance n’était pas une solution pour plus de bonheur, un changement en profondeur, voire même un renversement de table pour une « refondation des institutions » était nécessaire ce qui est impossible ou du moins difficile à faire à travers les voies légales d’accession au pouvoir. Ce putsch est donc une opportunité !

Doit-on rappeler que Doumbouya n’a demandé l’avis de personne pour opérer ce dimanche-là et que si l’armée (le reste j’ai envie de dire), la police, la gendarmerie et les civils l’ont approuvé, c’est parce qu’il a mis tout le monde devant les faits accomplis ? Donc il ne doit son titre qu’à son audace ! Il a donc toutes les cartes en main pour opérer le « changement » tant attendu.

Posons-nous la question de savoir, QUEL TYPE DE TRANSITION VOULONS NOUS ?

Inutile de préciser qu’il n y a aucun traité ou loi sur les transitions mais un coup d’État est un perturbateur endocrinien, il faut une thérapie pour retrouver la normalité, chaque transition est une expérience, donc inutile de dire c’est quoi le modus operandis. Dans la pratique, il y a deux types de transition :

I-          Une transition qui a pour but de retrouver la normalité constitutionnelle, pour celle-là, on a pas besoin de beaucoup de temps (12 à 18 mois) ;

II-         Une transition de refondation, elle vise à non seulement retrouver la normalité constitutionnelle, mais aussi d’imposer une nouvelle façon de faire, un changement complet de système de gouvernement, d’indiquer de nouvelles pratiques. Elle peut prendre du temps, voire des années.

Il appartient au colonel Mamady Doumbouya de nous dire clairement ce qu’il entend de cette transition. Dans tous les cas, une transition trop longue nous sera préjudiciable et une transition éclaire le sera tout autant, il faut un juste milieu.

QUELLE DOIT ÊTRE NOTRE RÔLE ?

Notre attitude en tant qu’’intellectuel, jeunes ou citoyens tout court est de tout faire pour que nous ayons une transition réussie. Pour cela nous devons :

I-          Participer pleinement au débat public visant à faire des propositions concrètes et les moyens de leurs mises en œuvre ;

II-         Soutenir les autorités dans les actes pris et l’effort à déployer pour le changement de comportement tant souhaité ;

III-        Etre des acteurs et non des spectateurs, il est facile de décrire tout derrière un clavier, il faudra prendre des initiatives, répondre à des sollicitations pour l’effort collectif.

En échange, la junte devrait savoir que son rôle n’est pas de s’enrichir ou s’attribuer des privilèges exorbitants pour nous narguer, elle doit rester modeste et attentifs ;

Elle doit être impitoyable face à la corruption et aux crimes économiques, elle doit être stricte dans l’application de la loi face à tout le monde (militaires y compris ) car, si les pouvoirs militaires sont craints, c’est parce qu’il donne souvent un blanc-seing aux hommes en tenue (les slogans comme le ‘’le pays est commandé ‘’ doivent cesser) ;

Elle doit être compatissante face aux cris des pauvres et des personnes vulnérables.

Avertissement : Si le peuple a légitimé ce putsch, nous refusons cependant de donner carte Blanche permanente et sans limite au colonel Mamady Doumbouya et de fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme, il devra agir en conformité avec des règles prévisibles. D’autant plus que par une ordonnance pris par le colonel président le 18 septembre, le pouvoir judiciaire a été instauré, alors il faut que nos actes soient guidés par «la boussole de la justice ».

Tant que ce sera le cas, nous soutiendrons la transition avec tous nos moyens.

Mamoudou Montes DIAKITE Juriste

Coordinateur Général du cercle de réflexion Intelligentsia3.0

628726640

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