« Incapable d’unir les Guinéens, Alpha Condé les a divisés davantage » (Ali Camara)

Alpha Condé, comme s’il m’était donné de faire de la République devant le tribunal de l’histoire, Ce que chuchotent beaucoup de Guinéens aujourd’hui.

Sans un parti pris, il y a le père de la Nation, il y a le père des « tortues ». Il faut savoir  distinguer l’un de l’autre. Plus sérieusement,  Alpha Condé est le seul Président de ce pays qui a ouvertement rabaissé les Guinéens, avec tous les noms, des sobriquets, à la clé les « grimaces présidentielles » en signes d’imitation. Des scènes choquantes d’un Président aux allures impulsives et au discours discourtois. Il est celui-là même qui a offensé publiquement les étudiants, traité les cadres Malinkés d’être les plus malhonnêtes du pays. A l’étranger, ce sont ses « impairs » avec ses homologues de la sous-région, allant jusqu’au refus de poignée de main, des crises inutiles et inexplicables pour essuyer une gouvernance moribonde. Il a fédéré certains de ses partisans avec le « discours anti-peulh », et on a fini par enterrer le RPG originel, celui des idéaux.

En plus de 30 ans avec le RPG et même de deux mandats à la tête du pays, Alpha Condé est toujours resté le seul et unique Président du Parti, sans jamais permettre au fond la question de la relève. Il voulait le pouvoir, tout le pouvoir et à lui seul. Il a ainsi réussi en une décennie de Président de la république, à monter les Guinéens, les uns contre les autres, à diviser pour régner. Au lieu de s’intéresser de près à la gestion du pays, les Guinéens ont perdu du temps à se regarder en « chiens de faïence » et au même moment, des troubadours se sont enrichis de façon insolente, l’administration publique a été politisée à outrance, la justice à double vitesse, le chômage endémique des jeunes, la précarité de la vie au quotidien… Des promesses interminables jusqu’à à la dérision finalement !

On ne gagne pas le pouvoir, encore moins le gérer, uniquement en éreintant un régime antérieur. Il faut aller au-delà de l’accablement, pour articuler sa vision de l’avenir, voir et entrevoir les lignes de démarcation du trébuchement des pouvoirs politiques et la limite raisonnable de ce que les peuples peuvent tolérer. Si l’on ne peut pas répondre aux aspirations d’un peuple aussi « résigné » >>, la raison voudrait qu’on le respecte, tout simplement en s’inclinant devant son choix de vouloir et exiger le changement. Alpha Condé, l’anti révolutionnaire, le chantre de la lutte contre la Révolution guinéenne et son responsable suprême, Sékou Touré, le démocrate autoproclamé, l’opposant historique, le « premier président démocratiquement élu en Guinée », le libérateur, le sauveur annoncé, a mérité la médaille du dédiement, cet « oxymoron politique » qui affirme et infirme ou infirme pour affirmer après, à se convaincre tout seul, lui qui s’accommoda des mêmes personnes qui, pas plus tard qu’hier, il pointait du doigt. Tout ce mélange, à la sauce d’une communication politique péroreuse ou pontifiée, mais surtout inquiétante; l’absence de l’élégance élémentaire dans l’adversité politique. La parole virulente, les menaces à peine déguisées et le je m’en foutisme qui alimentent les critiques de la presse étrangère sur le ton de ses interviews, son accoutrement qui dérange bien de fois. Eh oui, l’habillement d’un Président de la république compte aussi ! C’est une image projetée;  il est aussi un véritable moyen de communication, à bien de points de vue.

Incapable d’unir les Guinéens, Alpha Condé les a divisés davantage. Je retiens de la vie politique de l’homme  –  non pas l’image de ce « stratège politique » éminemment clairvoyant qu’on nous chanta à chaque diversion savamment orchestrée, qui ne trompe guère qu’un esprit complexé  –  mais celle d’un piètre gestionnaire, un homme de dédain, de mépris pour les autres, surtout et tristement un homme dont la réalité du pouvoir nous a montré toute l’imposture qui a marqué une soi-disant carrière politique. Des coups de gueule pour se targuer un Panafricanisme pourtant « frivole » et très souvent un Nationalisme presque « chauvin », une sorte d’indépendantiste occasionnel, curieusement pendant les élections. Comme pour mobiliser autour de lui cette fierté guinéenne du ” Non” au référendum de 1958. De la rhétorique ! Mais je vois en lui malgré tout, au regard de ce qu’il aurait pu accomplir avec un peu de courage et de volonté réelle, un destin manqué et, au combien une déception légitime de plusieurs générations de Guinéens et d’africains qui ont pu croire en lui et à sa vision quoique mal articulée depuis le tout début.

S’il m’était arrivé de me limiter au point (.) précédent, on m’aurait sitôt rétorqué que tout n’a pas été négatif. Cela est tout aussi vrai. Il y a eu des réformes, salutaires en passant, des  barrages hydroélectriques, des routes bitumées, la construction ou rénovation des bâtiments publics, notamment avec les fêtes d’indépendance tournantes. Les fameux hôtels ! Et bien plus encore… Mais en vrai, entre l’espoir suscité à la venue d’Alpha Condé et les  résultats obtenus, la distance est déconcertante. Il aurait pu être cet homme providentiel, travailleur et avenant, qui n’aurait  ménagé aucun effort pour faire prévaloir le règne de la loi. Par contre, le régime d’Alpha c’était du laisser-aller, du laisser-faire entre corruption, détournement de fonds publics,  enrichissement illégal etc… Si nous sommes de ceux qui ont eu une enfance ou une adolescence familiale, où nous avions aimé l’homme politique, nous sommes de ceux qui l’ont très tôt quitté, sentant venir « l’animal politique » qui en était enfoui et un président qui vit dans l’ombre de l’Opposant qu’il n’a jamais abandonnée. S’il part aujourd’hui sur le sifflet du 3ème  mandat, il n’en demeure pas que la véritable cause soit la mauvaise gouvernance…

Aujourd’hui, malgré l’effectivité de son renversement au pouvoir, Alpha Condé refuse la démission. Le CNRD, Conseil National pour le Rassemblement et le Développement, devrait continuer à user des voies diplomatiques pour arriver à le convaincre, j’imagine. Parce qu’en signant cette démission, il pourrait faciliter la suite des événements pour lui, et pour la Guinée surtout. La stabilité du pays et la survie de la nation doivent l’emporter sur toute autre considération. Mais à l’heure où nous sommes, si la marche-arrière semble impossible, il faudrait alors comme dit l’autre, « Tourner la page Alpha Condé, sans jamais la déchirer ». Beaucoup de choses en dépendent…

Ali CAMARA

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