Guinée: Les organisations de défense des droits de l’homme se mobilisent contre un éventuel 3ème mandat

Dans une déclaration publiée le 06 Janvier 2016,  les organisations de défense des droits de l’Homme réunies en collectif avaient mis en garde contre toute tentative de modification ou de révision constitutionnelle au moment où des voix s’étaient élevées pour l’envisager.

Voilà que depuis un certain temps, par tous canaux de communication, des individus mal intentionnés remettent à l’ordre du jour la rédaction d’une nouvelle constitution au prétexte que celle  en vigueur ne serait pas l’émanation du peuple et aurait été adoptée par un organe non élu notamment le Conseil National de Transition. Une aberration, pour qui sait que c’est cette constitution qui a permis l’élection en 2010 et 2015 de l’actuel Président de la République et a institué l’Assemblée Nationale dont le mandat a déjà expiré. Faut-il, dans ces conditions, considérer que les deux mandats du Président de la République sont illégitimes et qu’il aurait dirigé le pays en toute illégalité ? Prenant en compte ce raisonnement tendancieux, n’était-il pas plus sage pour lui de renoncer à ses fonctions en dénonçant les conditions d’adoption de la Constitution qui régissait en ce temps les Guinéens ? Pourquoi avoir usé d’un texte illégitime pour jouir d’une fonction et s’improviser légaliste pour le contester? Dans l’histoire des peuples, des assemblées constituantes issues d’une situation de normalisation ont toujours adopté des Lois Fondamentales qui ont servi de texte de base pour rétablir un ordre constitutionnel normal. On peut, à ce titre, citer la Constitution des Etats-Unis, la première Constitution qui a fondé la République en France, etc.. Cela n’a pour autant nullement mis en doute la légitimité des élus issus des scrutins régis par ces textes. Au contraire, la démocratie américaine ne s’en porte que mieux et hormis les amendements apportés à certaines dispositions, la plus grande démocratie du monde garde le même texte fondamental de nos jours.Au terme du deuxième et dernier mandat de l’actuel Président de la République, toute adoption d’une nouvelle constitution relève de l’imposture et n’aurait pour seul dessein que de remettre les compteurs à zéro afin de lui permettre une fois de plus de briguer deux autres mandats. Le fait de maintenir le verrou de la limitation du nombre de mandats, prévus par les dispositions combinées des articles 27 et 154 de la Constitution n’y changerait rien.Au vu de tout ce que la Guinée a traversé comme crises politiques, depuis son accession à l’indépendance, les Guinéens ne doivent pas être dupes.  Ils ont l’obligation de défendre une démocratie acquise dans la douleur et le sang. Les  plaies ouvertes par les différentes crises socio politiques notamment les évènements de janvier – février 2007 et ceux du 28 septembre 2009 ne se sont pas encore cicatrisées et les victimes attendent toujours que justice leur soit rendue. Se projeter dans une nouvelle crise politique, à travers une tentative de remise en question de la Constitution en vigueur, n’est que pure provocation et farouche volonté de rééditer les crises passées.Conscientes des dangers que cette tentative de tordre le cou à la démocratie peut générer comme conséquences  fâcheuses, les organisations de défense des Droits de l’Homme en appellent une fois de plus :Aux sirènes révisionnistes d’arrêter leurs agissements dangereux et illégaux ;Au peuple de Guinée de se mobiliser pour barrer la route à tous ces profiteurs qui veulent replonger le pays dans une confrontation inutile pouvant servir de prétexte à la remise en question de l’ordre constitutionnel ;Aux forces vives de la nation et aux amis de la Guinée pour que chacun en ce qui le concerne use de son influence pour empêcher le triomphe de la médiocratie et du clientélisme qui se cachent derrière cette tentative de révision constitutionnelle; Aux citoyens épris de paix et de justice de considérer que la Guinée n’est pas un gâteau que devrait se partager des  prédateurs sans foi ni loi qui ne sont animés que par leur boulimie du gain facile ;A la communauté internationale et particulièrement à la CEDEAO et à l’Union Africaine pour que tous les investissements qu’ils ont consentis pour le triomphe de la démocratie en Guinée ne soient pas vains  parce que tout simplement une oligarchie veut maintenir un pouvoir acquis à la cause de ses réseaux mafieux ;Au Président de la république, qui a juré par deux fois sur cette constitution contestée aujourd’hui et qui a promis d’être le Mandela de la Guinée, de ne pas succomber aux sirènes révisionnistes comme le lui demandait un éminent magistrat de ce pays.
Le Collectif des Organisations de Défense des Droits de l’Homme contre un Nouveau Mandat (Le CODHONM) signataire de la présente déclaration et s’inscrivant  dans la dynamique du Front National pour la Défense de la Constitution ( FNDC), prend l’engagement de s’opposer farouchement à toute initiative de révision constitutionnelle ou d’adoption d’une nouvelle constitution, et se déclare prêt à toute éventualité dans le strict respect de la loi, en cas de parjure de la part du Président de la République.

Fait à Conakry, le 23 avril 2019

Kalil Camara

In the news
Load More
%d blogueurs aiment cette page :