Accueil GUINEE Guinée : le DG de la Pharmacie centrale et dix cadres placés...

Guinée : le DG de la Pharmacie centrale et dix cadres placés sous mandat de dépôt par la CRIEF

0
12

L’affaire de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA) connaît un nouveau développement judiciaire. Le directeur général, Labilé Sagno, et dix de ses collaborateurs ont été placés sous mandat de dépôt par le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Ils sont poursuivis dans le cadre d’investigations portant sur de présumées irrégularités financières, des marchés publics suspects et de graves défaillances dans la gestion des stocks de médicaments.

Outre le directeur général, les personnes concernées sont Adama Bakary Keita, directeur général adjoint ; Mame Étien Donamou, directeur financier et comptable ; Saloum Condé, directeur des opérations ; Bakary Camara, chef du département du capital humain ; Dramadou Condé, comptable ; Himy Touré, chef du département de la production ; Néné Issa Diallo, du département assurance et qualité ; Bangaly Mara, chargé des approvisionnements pharmaceutiques ; Bakary Tambadouno, auditeur interne ; et Kadiatou Dème, responsable des marchés publics.

Les investigations portent notamment sur des soupçons de détournement de deniers publics, des irrégularités dans la passation des marchés publics et des manquements dans le suivi et la traçabilité des produits pharmaceutiques.

Une enquête déclenchée après un signalement de l’ANLC-PBG

La procédure a pris une nouvelle dimension le 14 octobre 2026, lorsque le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a saisi l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).

Cette démarche faisait suite à un signalement de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), faisant état d’importantes irrégularités financières, comptables et opérationnelles au sein de la PCG-SA.

Plus de 100 milliards GNF de pertes en 2025

Les premiers éléments de l’enquête font état d’une situation financière particulièrement préoccupante. Après avoir enregistré un bénéfice de 2,8 milliards de francs guinéens en 2024, la Pharmacie centrale aurait affiché une perte nette de 100,68 milliards GNF en 2025.

Cette contre-performance serait notamment liée à une marge commerciale négative estimée à 62,23 milliards GNF.

Autre élément relevé par les enquêteurs : entre février et mars 2026, un inventaire réalisé par l’ANLC-PBG aurait permis d’identifier des produits détériorés ou périmés d’une valeur marchande de 85,67 milliards GNF, contre 47,3 milliards GNF mentionnés dans le rapport de gestion de l’entreprise.

La kétamine représenterait, à elle seule, 24,15 milliards GNF de pertes, soit plus de 28 % de la valeur des produits concernés.

Des marchés publics et des fournisseurs dans le viseur

Les procédures d’attribution des marchés constituent également un volet important des investigations. Entre 2021 et 2022, plusieurs contrats d’achat de produits médicaux auraient été attribués de gré à gré, sans mise en concurrence et sans les autorisations préalables requises.

Cinq sociétés, notamment Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex, sont également citées dans le dossier pour des livraisons de produits arrivés à péremption entre 2022 et 2023.

Par ailleurs, le chantier de rénovation et de construction de l’entrepôt de Boké, évalué à près de 8,9 milliards GNF, fait l’objet de soupçons de surfacturation.

Des défaillances dans la conservation des médicaments

Au-delà des irrégularités financières présumées, les enquêteurs s’intéressent aux conditions de stockage et de conservation des produits pharmaceutiques.

Selon les éléments relevés dans le cadre des investigations, des médicaments périmés auraient été entreposés dans les mêmes espaces que des produits destinés à être distribués aux patients. À Manéah, certains stocks impropres à la consommation auraient même été laissés à l’air libre avant leur destruction.

Les enquêteurs auraient également constaté des incohérences entre les numéros de lots physiques et ceux figurant dans les documents administratifs, ainsi que l’absence récurrente de fiches de stock.

La situation de trésorerie de l’entreprise figure aussi parmi les préoccupations soulevées. Alors que la PCG-SA réclamerait 46,6 milliards GNF d’impayés au ministère de la Santé, ses délais moyens de paiement des fournisseurs auraient dépassé les 1 000 jours en 2025, contre 567 jours en 2024.

Mansaré Soumah Naby Moussa

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Quitter la version mobile