Guinée/Coyah : A cause de son combat contre l’excision, sa vie est devenue un enfer

La langue du terroir (le soussou), l’offensive sur le  terrain et les médias sont les armes de Mabinty Camara contre l’excision et d’autres pratiques de mutilations génitales dans des communautés  Sousou de la basse-Guinée. Sa communication en langue locale dissuade beaucoup de famille à rejeter ou s’éloigner peu à peu d’une pratique de plusieurs siècles. Un succès  désormais ‘’amer’’ pour elle à cause de toutes les invectives dont elle fait objet surtout de la part des exciseuses traditionnelles, des religieux musulmans  et autres conservateurs et leurs familles favorables à la pratique.

Ces actes ignobles sont devenus depuis quelques temps le quotidien de la jeune dame surtout après ses débats sur les ondes des radios et ses déplacements dans les  villages. Kalenews.org  a rencontré cette activiste pour ses lecteurs.

C’est seulement en 2014 que Mabinty Camara s’est engagée dans le combat contre l’excision. Mais par sa locution, elle est devenue en peu de temps l’une des plus grandes figures  du combat contre les mutilations génitales féminines y compris l’excision dans certaines localités de la basse-Guinée à forte tradition de cette pratique ancestrale notamment des villages de  Coyah et Kindia.

Dame Mabinty Camara, elle-même victime de l’excision à l’enfance, a choisi la méthode offensive pour dissuader à la fois et  les parents et les exciseuses traditionnelles à abandonner cette pratique nuisibles à la santé des femmes et jeunes et filles.

« Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école. Pire l’excision a laissé des traces négatives  dans ma vie. Chose que j’ai su après avoir suivi plusieurs campagnes de sensibilisation en langues dans les médias. Après un bon temps  de réflexions, je me suis dit pourquoi je ne me  battrai pas aussi pour éviter de faire subir à mes sœurs (filles) ce qu’on m’a fait subir », a laissé entendre la bénévole de l’ONG Union des Jeunes Volontaires de Coyah, UJVC, à la rédaction de Kalenews.

 La force de Mabinty, la qualité et les lieux où elle véhicule  son message. Cette teinturière de profession a choisi d’affronter, dans les communautés à forte tradition d’excision de Coyah et Kindia, des exciseuses traditionnelles, des parents et autres responsables conservateurs. En ‘’soussou’’, langue des terroirs   cibles de ses communications, le message de Mabinty passe comme une lettre à la poste. Ses arguments contre la pratique de l’excision ne laissent presque personne indifférente. « Pour ceux qui disent et pensent que je fais ce combat parce que je suis en mission des blancs, parce qu’on m’a payée beaucoup d’argent,  ils se trompent. Je ne paie pas non plus de l’argent à qui que ce soit  pour m’écouter contrairement aux dires des uns et des autres », lance-t-elle en souriant.

A la question de savoir, pourquoi elle fait la convoitise dans presque toutes les communautés Soussou dans lesquelles elle passe, Dame Camara répond en riant: « Il parait que j’ai une magie… Ce qui n’est pas faut peut-être (rires). Mais ma  magie c’est moi-même. J’ai en moi les traces de l’excision. Je suis victime d’excision. J’expose mon histoire. Je suis l’exemple typique d’une femme excisée et qui en souffre. Je raconte à ceux et celle qui m’écoutent ou qui sont en face de moi, dans les moindres détails, mon expérience. Facile pour convaincre non ? ».

Kalenews.org

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