France : François Bayrou, le chantre de la transparence rattrapé par les affaires

Le patron du MoDem a été mis en examen ce vendredi soir dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem. Un coup dur pour ce héraut de la transparence en politique.

La décision était attendue, elle n’en est pas moins rude pour François Bayrou. Le maire de Pau a été mis en examen ce vendredi soir pour complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem. Les juges cherchent à déterminer si des collaborateurs d’eurodéputés du parti centriste ont été rémunérés par les fonds du Parlement européen alors qu’ils étaient en réalité affectés à d’autres tâches pour le mouvement politique. Depuis le 15 novembre, plusieurs figures du MoDem, dont l’éphémère ministre de la Défense Sylvie Goulard, l’ancien garde des Sceaux Michel Mercier ou la députée Marielle de Sarnez, ont déjà été mises en examen dans ce dossier. 

Haddock. En juin 2017, l’ouverture d’une enquête préliminaire du parquet de Paris l’avait conduit à démissionner du poste de ministre de la Justice. Alors qu’il semblait en sommeil, le dossier était revenu spectaculairement dans la lumière à l’occasion de la candidature avortée de Sylvie Goulard au poste de commissaire européen. De son côté, François Bayrou a pris soin de minimiser les conséquences de cette procédure. “Tout le monde est mis en examen ou à peu près dans la vie politique française”, a-t-il relativisé sur BFMTV le 28 novembre, soucieux de banaliser l’événement. 

Coup dur politique

Malgré cet élément de langage, cet acte d’instruction n’est pas anodin pour François Bayrou. Il représente même un coup dur pour celui qui a placé le combat pour la transparence et la probité en politique au coeur de son engagement. Lors de la dernière campagne présidentielle, le centriste avait ainsi conditionné son soutien à Emmanuel Macron à l’inscription à son programme une proposition de loi sur la moralisation de la vie politique. “C’est une exigence sans laquelle je n’aurais pas fait cette alliance”, expliquait-il à l’époque. Nommé garde des Sceaux en mai 2017, il a été finalement contraint de laisser un mois plus tard Nicole Belloubet porter son projet, qui prévoyait d’interdire l’emploi, par des parlementaires, de membres de leur famille ou la suppression de leur réserve parlementaire. 

François Bayrou n’avait pas attendu la dernière campagne présidentielle et l’affaire Fillon pour se poser en “monsieur propre” de la politique. Lors du mandat de Nicolas Sarkozy, il avait fustigé avec force les différentes affaires qui cernaient le chef de l’Etat. Il avait notamment dénoncé la procédure d’arbitrage, qui avait conduit à indemniser Bernard Tapie en dédommagement des pertes subies dans l’affaire Crédit Lyonnais-Adidas. “Chaque fois que Nicolas Sarkozy a été soit au ministère des Finances, soit à la présidence de la République, comme par hasard, des protections se sont déclenchées à l’endroit de Bernard Tapie”, affirmait-il en juillet 2008.  

Des conséquences politiques incertaines

Lors de la campagne présidentielle de 2012, il s’était montré incisif en dénonçant “l’incroyable succession de scandales” qui “se propagent dans les allées du pouvoir” et à gauche avec “les affaires Karachi, Djouri, Bourgi, Tapie, Guérini, Takkiedine et compagnie”. Des attaques visant Nicolas Sarkozy, qualifié par François Bayrou d'”enfant barbare” dans son pamphlet Abus de pouvoir, paru en 2009. Lors de la révélation de l’affaire Cahuzac, François Bayrou avait enfin qualifié la moralisation de la vie publique d'”impératif d’urgence dans un pays où plus personne, si les choses continuent ainsi, ne va pouvoir donner sa confiance aux responsables de la vie publique”.  

Cette mise en examen – dans un dossier similaire à celui qui met en cause le Rassemblement national – ébranle aujourd’hui cette image de modèle de probité. L’affaire pourrait en effet affecter son image, et donc son poids politique. S’il n’est plus ministre depuis 2017, François Bayrou avait pris l’habitude de prendre la parole à intervalles réguliers et de distribuer bons et mauvais points. En 2018, il avait ainsi enjoint à Emmanuel Macron de “donner une ligne directrice” à son action, “de dire ce qui relie les décisions qui sont prises et d’expliquer le fil conducteur”. Ce statut est-il encore viable? “Bayrou ne va plus pouvoir aller au journal de 20H comme il le souhaite, de même que la portée de sa parole va décliner”, assure à l’AFP un cacique de La République en marche. “Bayrou sera évidemment affaibli”, glisse au Figaro un député LREM. 

Le président du MoDem a toutefois un atout : sa relation privilégiée avec le président Emmanuel Macron. Ce dernier pourrait d’ailleurs renouveler sa confiance au Béarnais en se rendant à Pau à l’occasion de l’inauguration d’une ligne de bus à l’hydrogène. “Sa parole reste écoutée. Il est l’un des piliers de discussions avec le président de la République et le Premier ministre”, insiste auprès du Figaro Marc Fesneauministre des Relations avec le ParlementUn proche du chef de l’État analyse auprès de l’AFP : “Bayrou a plus de notoriété que n’importe qui de chez nous, on doit donc encore bien le traiter. Après, on verra comment le MoDem s’intégrera à la dynamique de 2022.” 

Avec L’Express

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