Trafic humain : Des Guinéennes en danger en Égypte, le réseau identifié

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C’est une enquête exclusive de nos confrères de Guineenews. Depuis quelques temps, les agents du colonel Moussa Tiégboro Camara travaillent inlassablement pour démanteler les réseaux de trafic d’êtres humains ayant leur ramification de la Guinée vers le Nigeria jusqu’au Koweït en passant par la Sierra Leone. A date, ils ont pu démanteler au moins sept réseaux mafieux qui feraient voyager les jeunes guinéennes au Maghreb et dans les pays du Golfe en quête d’un nouvel Eldorado. Cependant, jusque-là, la filière égyptienne passait inaperçue, échappant du coup à la vigilance des services spéciaux de la présidence de la République. Pourtant, selon nos informations, une centaine de Guinéennes seraient abusivement exploitées en Égypte, sous l’emprise de ces réseaux mafieux sans foi ni loi.

Alphonsine Kourouma, à peine 19 ans, une des victimes présumées de ces passeurs, explique que le réseau serait dirigé par un certain Dallo Doré (?), depuis la Guinée. Ce dernier, continue-t-elle, aurait même une agence de recrutement illégale de jeunes filles située en face de l’aéroport international Conakry-Gbessia. Ses complices en Égypte seraient une certaine Kadiatou Bangoura, alias Kadé qui serait de nationalité guinéo- léonaise très connue par l’ambassade de Guinée en Égypte pour ses accointances. Outre Kadé, qui parle correctement la langue soussou, il y a une Nigériane appelée Blessing et le grand-frère de cette dernière, SapeeChim.

A la question de savoir comment s’est-elle retrouvée en Égypte, Alphonsine relate : « C’est un certain Doré au pays qui travaille avec Kadiatou Bangoura qui vit en Égypte et une Nigériane (Blessing). Un de ses amis à lui à Conakry dont le sobriquet est Michel a contacté mon grand frère GeremyKourouma pour lui dire qu’il y a une opportunité de voyage en Égypte pour aller y travailler pour un contrat de 10 mois. Et le salaire mensuel, selon lui, serait entre 300 à 600 $. Mais il a dit qu’il faut payer huit millions de francs guinéens (8.000.000 GNF), car le travail de domestique en Égypte est très bien payé et le lieu de travail serait chez les Blancs pas chez les Arabes. Mon grand frère lui a dit que c’était cher que lui n’a que 4 millions. Mais Doré a insisté que c’est peu et qu’il faut augmenter à 6 millions, mais finalement, ils sont tombés d’accord sur quatre millions cinq cents mille (4.500.000 GNF). Et mon frère lui a payé une avance de 2.000.000 GNF en août 2017 et devait compléter le reliquat en octobre 2017, une fois que j’arrive au Caire. C’est ainsi qu’au nombre de cinq, on s’est embarqué à Conakry le 2 septembre 2017 pour arriver au Caire le 3 septembre 2017. C’est effectivement Kadiatou Bangoura alias Kadé qui est venue nous chercher à l’aéroport puisque Dallo Doré nous avait fait croire que c’était sa parente. Les trois (3) autres du groupe qui avaient leurs parents sur place ont continué leur chemin alors que nous autres avions été escortées chez Blessing par Kadé. Bref, Doré nous a vendues à Kadé Bangoura et à Blessing qui ont confisqué nos passeports dès notre arrivée. Les premiers jours, elles nous achetaient à manger et à boire. Un jour, j’ai appelé Kadé pour lui demander pourquoi elle nous a logées chez la Nigériane, elle a dit que c’était comme ça que ça marchait. Le 10 septembre 2017, soit une semaine après notre arrivée au Caire, on a commencé à travailler chez un Arabe…»

« Un jour, je suis tombée malade pendant une semaine alors que je travaillais, aucune d’elles n’a accepté de m’emmener à l’hôpital. Elles m’ont obligé de continuer à travailler pendant que je souffrais énormément. Quelques jours plus tard, j’ai appelé mes parents pour leur dire que ce que Doré leur a dit à Conakry n’était pas vrai. La réalité est tout autre chose ! J’ai insisté que ce n’était pas du tout un bon travail mais plutôt une exploitation humaine. Les deux femmes m’ont dit que si je voulais retourner en Guinée de payer 1 500 dollars américains que sinon de continuer à travailler afin de rembourser leur argent. Après 30 jours de travail, j’ai reçu ma première paie de 3 000 livres égyptiens. Aussitôt, SapeeChim, le grand frère de Blessing est venu me dire que ma patronne n’avait pas payé tout l’argent. On m’a retiré les 3000 livres et j’ai fait deux semaines sans aller travailler parce que la convention était que ce que je travaillais c’était pour moi, pas pour quelqu’un d’autre. À cause de cela, Blessing m’a coupé les vivres et n’achetait même plus de l’eau pour nous, on buvait l’eau de robinet…. », poursuit-elle.

« Elle (Belssing, ndlr) nous enfermait pour sortir avec la clé pendant plusieurs jours. Un jour, ne la voyant pas, le propriétaire de l’appartement a menacé de casser les portes. C’est à partir de là que la Nigériane l’a appelé pour lui dire de nous laisser tranquille. Quand j’ai appelé Kadé, elle m’a menacé en disant que les Nigérians vont me faire du mal si jamais je ne remboursais pas leur argent. Et lorsque j’ai reçu ma deuxième paie (4000 livres), la Nigériane a pris tout sans rien me donner. Voyant le danger venir, j’ai informé mon frère à Conakry qui, à son tour, a appelé un de ses amis vivant au Caire pour me venir au secours. De mon côté, j’ai refusé de leur donner mon dernier salaire. Et la femme de l’ami à mon frère et lui-même sont venus me chercher pour m’emmener chez eux. Ensemble, lorsqu’on est allé chez Kadé, on nous a informés qu’elle a déménagé. Et quand je l’ai appelé, elle m’a insulté et traité de tout…De là-bas, nous sommes allés à l’ambassade de Guinée au Caire. Lorsque celle-ci l’a appelé, elle a refusé de venir et n’a même pas hésité de manquer du respect au consul Idé Mohamed Diaby », précise-t-elle.

« Actuellement, je suis dans un lieu sûr. Tout ce que je veux, c’est de récupérer mon passeport et ma valise avec Kadé et Blessing et rentrer en Guinée. A cet effet d’ailleurs, Doré, face à l’ampleur de la situation, est passé voir mes parents vendredi 12 janvier 2018. Il leur a prié de me dire d’aller chercher un titre de voyage à l’ambassade de Guinée en Égypte et rentrer au pays et qu’il s’engage à rembourser mon argent de poche et récupérer mon passeport et ma valise avec Kadé. Il leur a dit de me dire de lui envoyer un message vocal qu’il allait me confirmer sa promesse. Ce que j’ai fait et j’ai cette preuve-là », a-t-elle conclu.

Pour corroborer les propos de Mlle Kourouma, dimanche 14 janvier 2018, nous avons tenté de joindre au téléphone Dallo Doré qu’elle présente comme étant le cerveau du présumé réseau de ce prétendu trafic d’êtres humains que l’ambassade de Guinée au Caire qualifie « d’illégal » et « dangereux ». Mais à chaque fois, il disait être soit dans un taxi et qu’il va nous rappeler ou soit qu’il est sur une moto pour aller au travail à l’aéroport de Conakry, qu’il va nous rappeler dans 20 minutes. Mais il ne nous a jamais rappelés, ce qui confirme les propos de Kadé lorsqu’elle nous a dit que Doré n’allait pas accepter de se prêter à nos questions.

« Le nombre de Guinéens vivant en Égypte est estimé à environ 3 000 ou moins même si aucun recensement officiel n’est fait jusque-là. Et je puis vous dire qu’au moins 2000 personnes, majoritairement des jeunes filles font ce type de travail et sont arrivées en Égypte via ces réseaux mafieux. On fait croire tas de bonnes choses et rêves à ces jeunes filles vulnérables à Conakry avant de venir alors qu’une fois ici, c’est le calvaire total. On les arrache à l’école en Guinée, elles viennent ici pour travailler pendant deux ans après, ce sont les réseaux de trafiquants qui bénéficient le fruit de leur travail. Il n’y a pas longtemps, une fille est décédée dans une situation très difficile ici, on était obligé de l’enterrer au Caire vu que ses parents n’avaient pas de moyens, ils nous ont donc mandatés de le faire sur place. Souvent, c’est l’ambassade qui mandate notre association de faire libérer toutes nos compatriotes qui sont dans de pareilles situations. Mais le hic, une fois qu’elles rentrent au pays, elles refusent de dénoncer ce réseau de trafiquants qui continue de profiter de la naïveté de nos jeunes filles en leur faisant venir en Égypte par bandes organisées. Dans le cas de cette fille, nous avons fait de notre mieux », déplore Mohamed Kaba, membre du bureau de l’association des Guinéens en Égypte.

Dans la soirée du samedi 13 janvier 2017,Kadiatou Bangoura alias Kadé, celle qui se fait passer pour la « dame de fer » et dit n’avoir « peur de rien » sur son numéro de Caire ; elle est considérée par ses détracteurs comme étant l’instigatrice principale de ce réseau présumé de trafic humain pour connaître sa version des faits. Elle a affirmé être « fière d’emmener des Guinéennes travailler en Égypte pour aider leurs parents en Guinée ». C’est elle qui a fourni toutes les photos qui accompagnent cet article pour démontrer sa « bonne foi d’aider » ces filles à joindre les deux bouts.

« Je précise d’abord que moi-même suis arrivée par le biais d’une amie. Je suis là depuis 3 ans au moins ! Quand je suis venue ici, je suis restée chez mon patron pendant 2 ans. Pour le cas précis de cette fille (Alphonsine), elle faisait partie d’un groupe de 5 personnes qui sont venues de Conakry le 3 septembre dernier. La logique est simple, au lieu de rester à Conakry sans rien faire, on les fait venir pour travailler comme domestiques sur la base d’un contrat verba, mais non écrit. Le billet me coûte 1200 $, elles doivent travailler pour rembourser ce moment plus 800 $ d’intérêt, soit au total 2000 $. Pendant cette période, elles sont logées et nourries gratuitement par nous. Une fois le travail obtenu, le salaire mensuel est d’environ 220 $. Et de ce montant, nous leur donnons 50 $ pour leurs petits besoins jusqu’à ce que les 2000 $ soient remboursés. Et ça prend parfois 7 mois avant de finir de rembourser. Après, elles sont libres d’aller travailler là où elles veulent et empocher de l’argent….», a, d’entrée de jeu, affirmé Kadiatou Bangoura.

Interrogée sur ses relations avec Doré vu que les deux sont accusés d’être les présumés cerveaux de ce réseau de trafiquants d’êtres humains, Kadé maintient qu’elle connaît Doré depuis plus de 15 ans pour avoir travaillé ensemble pour un même patron à Conakry. Toutefois, elle a précisé que c’est la première fois que celui-ci lui donne une cliente, en l’occurrence Alphonsine Kourouma.

« C’est la seule fille qui m’a été référée par Doré que je connais depuis plus de 15 ans puisque nous avons travaillé ensemble à Conakry pour un même patron : Je m’occupais des travaux domestiques et lui était chauffeur. Elle veut me faire le banditisme en refusant de me rembourser. Mais si elle ne le fait pas, je ne lâcherais pas son passeport. Je n’ai peur de rien ni de personne. Quand l’ambassade m’a appelé la dernière fois, j’ai même insulté le consul quand il m’a dit de remettre le passeport de la fille sans que mon argent ne soit remboursé…Je ne force personne à s’embarquer dans l’avion. On aide les filles à venir, une fois ici, elles changent complètement. Et c’est elle seule qui fait ces genres de choses…Quand elle dit que son frère a remis deux millions à Doré, elle ment ! Il ne lui a rien donné, puisque celui-ci m’a dit qu’il n’a rien reçu de son lui…»

Sur ce point, lundi 15 janvier 2018, nous avons pu joindre par téléphone GérémyKourouma, le grand frère d’Alphonsine pour savoir combien a-t-il donné à Doré avant que sa sœur ne quitte Conakry. Après avoir confirmé les propos de celle-ci, il a précisé : « Effectivement, j’avais donné deux millions à Doré en août 2017 en guise d’avance devant Michel dans leur bureau (1er étage) au siège Feralux, situé en face de l’aéroport de Conakry. Car on s’était convenu que je paye le reste (2.500.000 GNF) en octobre 2017 quand ma sœur arrivera au Caire. Mais étant donné que ma sœur était victime d’un mauvais traitement en Égypte et que cette dernière m’a informé, lorsque je suis allé payer le reliquat, Doré m’a dit que ce n’était pas la peine », a affirmé GérémyKourouma, frère de la victime.

Pour sa part, Ide Mohamed Diaby, premier secrétaire chargé des affaires économiques et consulaires de l’ambassade de Guinée, au Caire que Guinéenews© a joint dimanche 14 janvier, a déclaré : « La dernière fois, j’ai reçu Alphonsine qui était venue se plaindre pour cette affaire. J’ai pris tous les éléments avec elle et j’ai appelé Kadé aussi qui fait ce business puisque par le passé, nous lui avons conseillé d’arrêter de faire venir les gens illégalement, mais elle m’a traité de tous les noms. Nous avons mandaté le bureau des Guinéens pour prendre toutes les dispositions pour mettre fin à cette pratique qui ne fait que perdurer. Mais c’est très compliqué ! Quand elles emmènent les jeunes filles ici, elles nous font croire que ce sont les membres de leur famille. C’est quand tout capote, qu’on nous informe. Ce qui est sûr, Kadiatou Bangoura et ses complices sont des faussaires et c’est très difficile de mettre la main sur eux. Elle travaille avec les étrangers (Nigérians et Léonais)…»

Le consul n’a pas manqué de fustiger le comportement des parents. « Les parents laissent leurs enfants venir avec des gens qu’ils ne connaissent même pas et c’est quand elles viennent qu’elles se rendent compte de la réalité. Actuellement, il y a un Guinéen qui est arrêté avec 14 passeports qui ne l’appartiennent pas. On l’a obligé de prouver à qui appartiennent ces passeports. Le réseau c’est à partir de la Guinée. Nous, on enregistre tous les Guinéens qui viennent ici, mais les filles qui viennent par cette mafia ne viennent pas à l’ambassade…Toutes ces celles qui viennent par ce canal restent dans la clandestinité à part ceux et celles qui viennent pour les études. Le gouvernement égyptien ne donne pas de permis de travail. Mais elles préfèrent restées pour se débrouiller….», ajouté M. Diaby

« On a écrit plusieurs fois au département des affaires étrangères par le passé. Mais à cause de cette affaire, nous allons prendre des dispositions radicales pour mettre ce réseau hors d’état de nuire. Jusqu’ici, on va le faire. On ne va plus badiner ou dialoguer avec Kadiatou. Nous allons prendre les dispositions pour informer les autorités compétentes de son réseau de trafic humain…», a conclu le consul.

Aux dernières nouvelles, Doré le cerveau du présumé réseau de trafic humain à Conakry, s’apprêterait à faire venir 20 autres filles de Conakry pour Caire dans les prochains jours.

En somme, la question que les observateurs se posent est de savoir que sont devenus les premiers réseaux de trafic d’êtres humains que les services spéciaux avaient arrêté et mis à la disposition de la justice guinéenne ? En tous cas, la plupart a été libérée y compris le Tchadien Yerenga qui avaient plus de 6 organisations non gouvernementales frauduleuses à son actif dont les comptes avaient été gelés sous paiement de fortes sommes d’argent à certains agents corrompus de l’État.

À ce sujet, le ministre de la Justice que nous avons joint lundi 15 janvier 2018 alors qu’il est en séjour en Haute Guinée pour inaugurer les infrastructures judiciaires, a clarifié et promis de vérifier. « Ceux qui avaient été arrêtés, beaucoup parmi eux ont été jugés et condamnés. Mais arrivée à Conakry, nous allons vérifier pour voir ce qu’il en est…», a affirmé le garde des sceaux.

Avec Guineenews

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